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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2407015

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2407015

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2407015
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille, statuant en référé, a examiné la demande de suspension de la décision du 20 juin 2024 prolongeant le placement à l’isolement de M. B au centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil. Le juge a rejeté la requête, estimant que la condition d’urgence n’était pas caractérisée et qu’aucun des moyens soulevés n’était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La solution retenue s’appuie notamment sur les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative et du code pénitentiaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Paci, Me Sax, Me Ronen, Me Vettes, Me Boersel et Me David, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner son extraction ainsi que toutes mesures d'instruction utiles ;

3°) d'ordonner, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 20 juin 2024 par laquelle le chef d'établissement du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, a prolongé son placement à l'isolement ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 6 000 euros, à verser à ses conseils, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie eu égard aux effets délétères de la mesure d'isolement contestée, de sa durée et en raison des différentes mesures sécuritaires dont il fait d'ores et déjà l'objet ;

- la décision attaquée a été édictée par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulière et ayant fait l'objet de mesures de publicité adéquates ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation eu égard à l'absence de précisions suffisantes quant à sa situation et sans que les seuls motifs énoncés permettent de comprendre en quoi son comportement justifie son maintien en isolement ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de l'avis du médecin tel que prévu par les dispositions de l'article R. 213-30 du code pénitentiaire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en raison de l'illégalité de son transfert par les autorités belges aux autorités françaises ;

- elle méconnaît les dispositions du 3ème alinéa de l'article R. 213-25 du code pénitentiaire, son maintien à l'isolement ne constituant pas l'unique moyen d'assurer la sécurité des personnes ou de l'établissement dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre et la sécurité de celui-ci, que la médiatisation des faits qui lui sont reprochés ne peut lui être imputée et qu'il fait par ailleurs l'objet de nombreuses autres mesures sécuritaires ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard, d'une part, de l'absence de recherche d'équilibre entre la conséquence de cette décision sur sa situation et le maintien de l'ordre et de la sécurité au sein de l'établissement, et, d'autre part, de l'absence de prise en compte de son état de vulnérabilité et de détresse ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des conditions de détention qu'elle implique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'urgence de l'affaire n'est pas caractérisée et qu'aucun des moyens de la requête n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

- la requête enregistrée le 4 juillet 2024 sous le numéro 2407007 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code pénitentiaire ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Chevaldonnet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 19 juillet 2024 à 11h30, M. Chevaldonnet a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me David, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- les observations des représentants du garde des sceaux, ministre de la justice, qui concluent aux mêmes fins que leurs écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, M. B, détenu au centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 20 juin 2024 par laquelle le chef d'établissement du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, a prolongé son placement à l'isolement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président.. () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande d'extraction :

4. Aux termes de l'article D. 215-27 du code pénitentiaire : " Le préfet apprécie si l'extraction des personnes détenues appelées à comparaître devant des juridictions ou des organismes d'ordre administratif est indispensable. Dans l'affirmative, il requiert l'extraction par les services de police ou de gendarmerie selon la distinction de l'article D. 215-26 ".

5. Il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande de suspension d'une décision administrative prise à l'égard d'une personne détenue, d'ordonner son extraction de l'établissement pénitentiaire dans lequel elle est incarcérée pour qu'elle puisse assister personnellement à l'audience. Par suite, les conclusions de M. B tendant à ce que le juge des référés ordonne son extraction doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de suspension et d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

7. En l'état de l'instruction aucun des moyens invoqués par M. B et tels que rappelés dans les visas de la présente ordonnance n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence, les conclusions à fin de suspension présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B et ses conseils demandent au titre des frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Copie en sera adressée à la directrice interrégionale des services pénitentiaires Grand-Nord Lille et au chef d'établissement du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil.

Fait à Lille, le 2 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

B. Chevaldonnet

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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