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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2407074

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2407074

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2407074
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024, la société par actions simplifiée (SAS) STB Matériaux, représentée par Me Hercé, demande au tribunal de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté du 11 juin 2024 par lequel le préfet du Nord l'a rendue redevable d'une astreinte d'un montant journalier de 1 500 euros jusqu'à satisfaction de la mise en demeure signifiée par arrêté préfectoral du 7 juin 2021, cette astreinte prenant effet à compter de la date de notification dudit arrêté.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie eu égard aux conséquences graves et immédiates pour l'entreprise d'un point de vue financier et économique, au coût exorbitant induit pour la société pour satisfaire les prescriptions de la mise en demeure du 7 juin 2021 et eu égard aux difficultés induites pour le territoire concernant la valorisation ou le stockage des déchets inertes que constituent les matériaux concernés ;

- aucune urgence ne s'attache à l'exécution de cet arrêté eu égard à l'absence de trouble à l'environnement, à la circonstance que le remblaiement a été effectué par apport de matériaux inertes, donc non dangereux et acceptés après vérification vigoureuse et alors que, par ailleurs, l'urgence quant à l'exécution des mesures prévues par la mise en demeure n'est pas justifiée eu égard aux délais particulièrement longs mis en œuvre par l'administration ;

- elle justifie de plusieurs moyens de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure par méconnaissance du principe du contradictoire, résultant des articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement dès lors que l'astreinte n'est ni proportionnée à la gravité des manquements constatés ni justifiée au regard du trouble causé à l'environnement ;

- elle excipe, à l'encontre de l'arrêté contesté, de l'illégalité de l'arrêté préfectoral de mise en demeure du 7 juin 2021 ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 541-5 du code de l'environnement dès lors que le délai qui lui a été laissé pour présenter des observations était relativement court et inapproprié aux circonstances de l'espèce ; d'une part, l'urgence n'était pas caractérisée et, d'autre part, un délai de dix jours était trop court au regard, notamment, des éventuelles investigations à mener ;

- il est entaché d'une erreur de fait dès lors que le manquement allégué aux dispositions de l'arrêté préfectoral d'autorisation du 11 mai 2004 ne pourra être constaté qu'à la fin de l'exploitation de la carrière ;

- il est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la mise en œuvre d'une remise en état conforme aux prescriptions des articles 1.7 et 2 de l'arrêté d'autorisation du 11 mai 2004 conduirait à lui imposer la méconnaissance des dispositions de l'article 12.2 de ce même arrêté ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant au délai fixé qui, eu égard à des considérations économiques et techniques n'est, en tout état de cause, pas tenable ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 171-7 du code de l'environnement dès lors que l'arrêté aurait dû, non pas édicter une obligation d'évacuation intégrale des matériaux mais lui laisser la possibilité de proposer à l'administration d'autres voies de réhabilitation préservant les intérêts protégés par le code de l'environnement ;

- ces mêmes dispositions n'imposent pas une remise en état du site dans son état originel et rien ne permet de démontrer que l'état actuel du site porterait atteinte aux intérêts protégés par l'article L. 511-1 du code de l'environnement alors que l'aménagement qu'elle a réalisé a été effectué à partir de matériaux inertes contrôlés et ne contenant aucune substance dangereuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence alléguée n'est pas établie ;

- aucun des moyens soulevés n'est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fabre, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 juillet 2024 à 10 h 45 :

- le rapport de M. Fabre, juge des référés ;

- les observations de Me Hercé, représentant la société STB Matériaux ;

- et celles de Mme A C et de Mme B D, représentant le préfet du Nord.

A l'audience publique, les parties concluent aux mêmes fins et selon la même argumentation que dans leurs écritures.

Considérant ce qui suit :

1. La société STB Matériaux exploite une carrière de sable et de craie sur le territoire de la commune de Malincourt. Son exploitation est encadrée par un arrêté préfectoral du 11 mai 2004, fixant la durée de l'autorisation à 25 ans, avec 15 ans d'extraction suivie de 10 ans de remise en état. Par un arrêté du 7 juin 2021, le préfet du Nord a mis en demeure la société STB Matériaux de respecter les dispositions de l'article 1.7 § 1 et 2 de l'arrêté préfectoral du 11 mai 2004, en évacuant les déchets présents sur site et présentant des hauteurs supérieures au niveau du terrain naturel dans un délai de six mois. Le 17 septembre 2021, la société a transmis au préfet une demande de modification des conditions de remise en état de la carrière de Malincourt, qui a été implicitement rejetée. Par un arrêté du 11 juin 2024, dont la société requérante demande la suspension d'exécution, le préfet du Nord l'a rendue redevable d'une astreinte d'un montant journalier de 1 500 euros jusqu'à satisfaction de la mise en demeure signifiée par arrêté préfectoral.

Sur les conclusions à fin de suspension d'exécution :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il résulte de l'instruction que le préfet du Nord a fixé le montant de l'astreinte journalière à un montant de 1 500 euros, tout en indiquant une durée estimative de régularisation de six mois, soit un montant de 274 500 euros. Il convient d'y ajouter, pour apprécier l'urgence, les ressources financières nécessaires pour satisfaire à la mise en demeure édictée antérieurement par le préfet dès lors que l'arrêté litigieux prévoit que l'astreinte journalière se poursuit jusqu'à satisfaction de la mise en demeure. La société requérante fait état d'un montant financier mobilisable sur la période de 1 710 000 euros, qui ne fait pas l'objet d'une remise en cause précise de la part de la partie défenderesse. La société requérante fait par ailleurs valoir, notamment lors de l'audience publique, que les conditions économiques actuelles de l'entreprise sont nettement défavorables, eu égard à la crise que connaît actuellement le secteur du BTP et ajoute, sans être contestée en retour, qu'elle ne disposera pas de la trésorerie nécessaire pour faire face à ces charges sur une période restreinte, ce qui mettra en péril l'existence même de l'entreprise et donc des emplois, ce qui n'a pas manqué d'inquiéter l'instance représentative du personnel de l'entreprise. Ainsi, l'urgence au regard de l'impact sur la situation économique et financière de l'entreprise apparaît suffisamment établie. S'il est vrai que l'urgence, pour l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, s'apprécie globalement et objectivement, au regard de l'ensemble des intérêts en présence, et donc pas seulement celui de la société requérante, il n'est cependant pas sérieusement contesté que les matériaux excédentaires présents sur site sont constitués de matériaux inertes qui ne présentent pas de dangers manifestes pour les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement. Dans ces conditions, et au vu des éléments figurant au dossier, l'urgence doit ici être regardée comme constituée.

En ce qui concerne le moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux :

4. Aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement : " I. - () en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. () II. - Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, () l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : / () 4° Ordonner le paiement () une astreinte journalière au plus égale à 4 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de la mise en demeure ou de la mesure ordonnée. () Les amendes et les astreintes sont proportionnées à la gravité des manquements constatés et tiennent compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement. / () ".

5. En l'espèce, le moyen tiré de ce que, pour l'application des dispositions citées au point précédent, le montant de l'amende journalière est disproportionné au regard de la gravité des manquements constatés et compte tenu de ce qui a été dit précédemment pour ce qui concerne le trouble causé à l'environnement, est, en l'état de l'instruction de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies et que, par suite, la société requérante est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 11 juin 2024 qu'elle conteste.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 11 juin 2024 par lequel le préfet du Nord a rendu la société STB Matériaux redevable d'une astreinte d'un montant journalier de 1 500 euros jusqu'à satisfaction de la mise en demeure signifiée par arrêté préfectoral du 7 juin 2021 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société STB Matériaux et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera transmise pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille le 29 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

X. FABRE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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