mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407099 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Zaïri, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite de rejet née le 2 mai 2024 du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " membre de la famille d'un citoyen de l'union européenne " ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et de lui délivrer, dans cette attente, un document provisoire de séjour dans un délai de cinq jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient :
Sur l'urgence, que :
- sa situation administrative est précaire et la décision attaquée porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Sur le doute sérieux, que :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit pas de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2406961 enregistrée le 2 juillet 2024 par laquelle M. A C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 22 juillet 2024 à 15h30, en présence de Mme Vercoutère, greffière, M. Riou, juge des référés, a lu son rapport et entendu Me Zaïri, représentant M. C, qui reprend ses conclusions et ses moyens et Me Kerrich, représentant le préfet du Nord qui souligne l'absence d'urgence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né le 22 mai 1985, déclare être entré en France en octobre 2023 avec son épouse, Mme B D, de nationalité espagnole. Par demande en date du 2 janvier 2024, il a sollicité auprès de la préfecture du Nord la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " membre de la famille d'un citoyen de l'union européenne ". Il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née le 2 mai 2023 du silence gardé par le préfet du Nord sur cette demande.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. D'une part, la décision litigieuse statuant sur une première demande de titre de séjour mention " membre de la famille d'un citoyen de l'union européenne " présentée par M. C, et non sur une demande de renouvellement de celui-ci, la présomption d'urgence mentionnée au point précédent ne trouve pas à s'appliquer.
5. D'autre part, pour justifier l'urgence à suspendre la décision litigieuse, M. C soutient que le refus opposé par le préfet du Nord sur sa demande fait obstacle à ce qu'il puisse travailler et bénéficier de ses droits sociaux mais il ne produit, à l'appui de cette allégation, aucune pièce.
6. Par ailleurs, si M. C soutient que la décision litigieuse a pour effet de le placer dans une situation telle que, ne pouvant justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français, il risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et d'être séparé de son épouse, son éloignement éventuel serait subordonné, en tout état de cause, à sa confirmation par le juge administratif à l'issue de l'examen d'un recours contentieux présentant un caractère suspensif. Cette situation ne suffit donc pas, en l'absence de circonstances particulières propres à l'intéressé, à caractériser la nécessité pour lui de bénéficier dans des délais brefs d'une mesure de suspension dans l'attente de l'intervention du juge au principal. L'urgence n'est donc pas établie.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux sur la légalité de la décision contestée est remplie, qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. C, y compris les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Une copie sera adressée pour information au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 23 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
J.M. Riou
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2407099
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