jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407130 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Vergnole, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de prononcer la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande de carte de séjour pluriannuelle portant la mention " membre de la famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire " ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours suivant notification de l'ordonnance à intervenir et de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler le temps de ce réexamen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est ici remplie dès lors qu'il a présenté sa demande il y a plus d'un an, qu'il est maintenu dans une situation de précarité prolongée, ne pouvant ni justifier de son droit au séjour, ni trouver un emploi, ni débuter une formation ; il est rattaché au foyer fiscal de ses parents qui ne perçoivent plus de revenus non plus pour le même motif et qui se trouvent également placés dans une situation de précarité administrative et financière ;
- il justifie de plusieurs moyens de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée alors qu'il a sollicité, en vain, communication des motifs de la décision implicite de rejet ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 424-11, R. 424-7 et R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fabre, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 juillet 2024 à 09 h 30 :
- le rapport de M. Fabre, juge des référés ;
- les observations de Me Vergnole, représentant M. B A.
A l'audience publique, Me Vergnole complète ses écritures demandant au tribunal d'enjoindre au préfet du Nord de prendre une décision expresse dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 48 heures, les deux sous astreinte.
Le préfet du Nord n'était ni présent, ni représenté mais a produit une pièce, enregistrée le 22 juillet 2024 à 14 h 22.
La clôture de l'instruction a été différée au mardi 23 juillet 2024 à 14 h 00.
Par un mémoire complémentaire, enregistré le 22 juillet 2024 à 17 h 03, M. B A, représenté par Me Vergnole, modifie ses précédentes écritures et demande au tribunal d'enjoindre à l'administration de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, de se prononcer expressément sur sa demande de titre de séjour dans ce même délai et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard.
Il soutient que malgré la remise de l'attestation de prolongation d'instruction, une décision implicite de rejet de renouvellement de titre de séjour existe néanmoins.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 23 juillet 2004 en Afghanistan, de nationalité afghane, a déposé, le 9 juin 2023, une demande de carte de séjour en qualité de membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire mais cette demande a été implicitement rejetée. Par la requête dont le tribunal est saisi, M. A demande la suspension de l'exécution de cette décision implicite de rejet.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre M. B A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions principales :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ".
5. Pour justifier de l'urgence, le requérant fait valoir que l'absence de remise de titre de séjour et, a minima, d'attestation de prolongation d'instruction le place dans une situation de précarité administrative, ne pouvant plus justifier de son droit au séjour. Pour autant, il résulte de l'instruction que, le 22 juillet 2024, le préfet du Nord a décidé de délivrer une carte de résident valable dix ans à son père et, pour ce qui le concerne, il indique lui-même que le préfet du Nord lui a délivré, le même jour, une attestation de prolongation d'instruction, le plaçant ainsi en situation régulière. Par suite, la condition d'urgence prévue par les dispositions précitées n'est pas remplie.
6. Il en résulte que les conclusions à fin de suspension d'exécution et, par suite, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet du Nord.
Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Lille le 25 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
X. FABRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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