Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 juillet 2024 et les 19 mai et 26 juin 2025, M. D... B..., représenté par Me Maxence Cliquennois, demande au tribunal :
1°) de l’admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler l’arrêté du 17 mai 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office à l’expiration de ce délai ;
3°) d’enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d’enfant français, ou à défaut de réexaminer sa situation et, dans l’attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail, sans délai, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;
4°) d’enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de faire procéder, sans délai, à l’effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle, à lui verser au titre de cet article L.761-1.
Il soutient que :
S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d’un vice de procédure, en l’absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors qu’il ne représente pas une menace pour l’ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S’agissant de la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :
- elle est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 septembre 2024 et le 21 mai 2025, le préfet du Pas-de-Calais, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 24 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Sanier,
- et les observations de Me Cliquennois, représentant M. B....
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant égyptien, né le 5 septembre 1994, est entré en France, selon ses déclarations, le 20 septembre 2014. Il s’est vu délivrer une carte de séjour temporaire en qualité de parent d’enfant français le 6 avril 2018, régulièrement renouvelée jusqu’au 5 avril 2021. L’intéressé a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour en mai 2023. Par un arrêté du 17 mai 2024, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office à l’expiration de ce délai. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 24 juin 2024. Il n’y a pas lieu, par suite, de l’admettre à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la commission du titre de séjour a émis, lors de sa réunion du 16 avril 2024, un avis défavorable au renouvellement du titre de séjour de M. B.... Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en l’absence de saisine de cette commission doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ». Aux termes de l’article L. 412-5 de ce code : « La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention « résident de longue durée-UE » ».
Pour refuser de renouveler le titre de séjour en qualité de parent d’enfant français de M. B..., le préfet du Pas-de-Calais s’est fondé sur le double motif que le comportement du requérant constituait une menace pour l’ordre public et qu’il ne démontrait pas participer à l’entretien et à l’éducation de sa fille depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans.
D’une part, il ressort des pièces du dossier que M. B... a commis de nombreux faits délictueux entre les mois de mars 2021 et de janvier 2023 ayant donné lieu à sept condamnations. Il a notamment été condamné à une peine de quatre mois d’emprisonnement avec sursis par un jugement du tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer du 10 janvier 2023 pour des faits de vol et de port sans motif légitime d’une arme blanche ou incapacitante de catégorie D commis le 5 mai 2021 et à une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis, par une ordonnance d’homologation de peine sur reconnaissance préalable de culpabilité rendue le 20 janvier 2022 par le président du tribunal judiciaire de Versailles pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants commis le 19 janvier 2022. Il s’est également rendu coupable, le 11 janvier 2023, de faits d’offre, de cession, de transport et de détention non autorisés de stupéfiants, commis en récidive, qui lui ont valu d’être condamné à une peine de quatre mois d’emprisonnement par un jugement du tribunal correctionnel de Versailles du 13 janvier 2023. En outre, M. B... a fait l’objet de plusieurs condamnations à des peines d’amende pour des faits de vol, d’usage illicite de stupéfiants et de port sans motif légitime d’arme blanche ou incapacitante de catégorie D. Compte tenu de la nature et de la répétition des faits délictueux commis par M. B..., le préfet du Pas-de-Calais, en estimant que sa présence sur le territoire français constituait une menace pour l’ordre public, n’a pas entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.
D’autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B... est père d’un enfant de nationalité française, Tamara B..., née le 12 février 2018 de sa relation avec une ressortissante française, Mme C... A.... Toutefois, il est constant que le requérant, qui n’a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d’enfant français expirant le 5 avril 2021, qu’au mois de mai 2023, a vécu séparé, pendant cette période, de la mère de sa fille et s’est retrouvé sans domicile fixe. Si ce dernier fait valoir que la communauté de vie avec Mme A... a repris « courant 2023 », à une date qu’il ne précise pas, cette circonstance présente, en tout état de cause, un caractère récent à la date de l’arrêté en litige et ne permet pas de démontrer le caractère stable et ancien de cette dernière. En outre, les attestations établies par la mère de sa fille, des proches et des personnels de l’école où son enfant est scolarisé, ne sauraient suffire, à elles seules, à démontrer l’implication du requérant dans l’éducation et l’entretien de sa fille depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans à la date de l’arrêté en litige. Dans ces conditions, en refusant de renouveler le titre de séjour en qualité de parent d’enfant français de M. B..., le préfet du Pas-de-Calais n’a pas davantage fait une inexacte application des dispositions précitées de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
M. B... se prévaut de sa relation avec une ressortissante française et de sa qualité de parent d’enfant français. Toutefois, ainsi qu’il a été dit au point 7, l’intéressé ne démontre pas contribuer à l’éducation et à l’entretien de sa fille depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans à la date de la décision attaquée. Il n’établit pas davantage le caractère stable et ancien de la communauté de vie avec sa conjointe, alors qu’il est constant que le couple s’est séparé pendant près de deux années, entre 2021 et 2023. Si M. B... s’est vu délivrer un titre de séjour en qualité de parent d’enfant français le 6 avril 2018, régulièrement renouvelé jusqu’au 5 avril 2021, il n’en a sollicité le renouvellement qu’au mois de mai 2023 et s’est maintenu, pendant cette période, en situation irrégulière sur le territoire national, et de surcroît dans des conditions de séjour très précaires. Par ailleurs, l’intéressé, qui ne fait état d’aucune insertion professionnelle ou sociale en France, n’établit, ni n’allègue sérieusement, qu’il serait dépourvu de toute attache dans son pays d’origine ou qu’il serait dans l’impossibilité de s’y réinsérer. Enfin, il résulte de ce qui a été exposé au point 6, que la présence du requérant constitue une menace pour l’ordre public. Ainsi, compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce, la décision en litige portant refus de renouvellement de titre de séjour ne peut être regardée comme ayant porté au droit de M. B... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts, notamment de préservation de l’ordre public, en vue desquels cette mesure a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B... tendant à l’annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.
Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, il y a lieu d’écarter les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B....
En dernier lieu, aux termes de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant : « 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. (…) ». Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l’appui d’un recours pour excès de pouvoir, que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d’enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d’affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
Ainsi qu’il a été dit au point 7, M. B... n’établit pas contribuer effectivement à l’entretien et à l’éducation de sa fille à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B... tendant à l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision accordant un délai de départ volontaire :
Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision accordant un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
Il s’en suit que les conclusions de M. B... tendant à l’annulation de la décision accordant un délai de départ volontaire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
Il s’en suit que les conclusions de M. B... tendant à l’annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation des décisions attaquées.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation, n’implique aucune mesure d’exécution, de telle sorte que les conclusions à fin d’injonction sous astreinte doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’État, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu d’admettre M. B..., à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D... B..., au préfet du Pas-de-Calais et à Me Maxence Cliquennois.
Délibéré après l’audience du 5 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Stefanczyk, présidente,
M. Frindel, conseiller,
Mme Sanier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2025.
La rapporteure,
Signé
L. Sanier
La présidente,
Signé
S. Stefanczyk
La greffière,
Signé
N. Paulet
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,