Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2407285
mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407285 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Schryve, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder le bénéfice, à titre provisoire, de l'aide juridictionnelle ;
2°) à titre principal, d'enjoindre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à l'autorité administrative de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ainsi qu'un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de vingt-quatre heures, les deux sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à l'autorité administrative de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de vingt-quatre heures et de procéder à l'examen de sa demande de délivrance de carte de séjour pluriannuelle dans le délai de dix jours, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Christian, premier conseiller, pour statuer
sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative: " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée. Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code précité mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances particulières caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. Si elle peut être regardée, eu égard à ses effets qui doivent être dûment justifiés, comme créant une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'abstention prolongée du préfet de munir un demandeur d'un titre de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ne suffit pas, à elle seule, à caractériser une situation d'extrême urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
3. En l'espèce, pour justifier de l'urgence à enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité, M. A, ressortissant afghan, né le 1er janvier 1994, fait valoir que sa demande ayant fait l'objet d'une décision implicite de rejet née le 11 janvier 2024, son contrat de travail a été suspendu par son employeur le 25 juin 2024 et qu'il se trouve privé de la possibilité de percevoir des aides sociales en l'absence de régularisation de sa situation administrative. Toutefois, de telles circonstances, pour regrettables qu'elles soient, ne constituent pas une situation particulière, distincte de celles d'autres étrangers dont la demande de titre de séjour a été rejetée par l'autorité préfectorale. Au demeurant, M. A n'apporte aucun élément relatif à la nécessité pour lui d'obtenir, à très brève échéance, le versement des aides sociales dont il allègue être privé depuis plusieurs mois. De surcroît, M. A conserve le bénéfice de la protection subsidiaire qui lui a été accordée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 17 août 2023. Alors que l'intéressé disposait d'autres voies de droit pour obtenir satisfaction dans des délais brefs, notamment le référé prévu par l'article L. 521-1 du code de justice administrative, les circonstances qu'il invoque ne suffisent pas à démontrer la nécessité d'une intervention, dans les quarante-huit heures, du juge des référés statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
4. Par suite, la condition tenant à l'urgence ne pouvant, en l'espèce, être regardée comme remplie au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la requête de M. A, y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doit être rejetée sans instruction ni audience publique selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, et sans qu'il y ait lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
O R D O N N E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Lille, le 16 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
P. CHRISTIAN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2407285
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