mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407307 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Karila, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite de rejet née le 26 février 2024 du silence gardé par le préfet du Val-de-Marne sur sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le cadre d'un changement de statut ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne ou au préfet du Nord de réexaminer sa situation et de prendre une décision expresse, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente et dans le délai de trois jours une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'ordonner l'exécution immédiate de l'ordonnance en application du deuxième alinéa de l'article R. 522-13 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 440 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle est privée de revenus, sa situation au regard du séjour ayant entrainé la suspension de son contrat de travail, et qu'elle est en situation irrégulière sur le territoire français ;
- la décision litigieuse a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2407306 enregistrée le 12 juillet 2024 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante américaine née le 12 janvier 1996, déclare être entrée en France en 2017 munie de son passeport en cours de validité revêtu d'un visa de type D " étudiant ". Elle a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle " passeport talent-chercheur " valable du 27 novembre 2019 au 30 septembre 2022, renouvelée jusqu'au 15 décembre 2023. Par courrier, réceptionné par les services de la sous-préfecture de Nogent-sur-Marne le 25 octobre 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le cadre d'un changement de statut. Par courriel du 11 juillet 2024, son conseil a sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet née le 26 février 2024 du silence du préfet du Val-de-Marne sur sa demande de titre de séjour. Se déclarant actuellement domiciliée à Roubaix, elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Pour justifier de l'urgence qui s'attache, selon elle, à suspendre l'exécution de la décision en litige, Mme B, qui demande un changement de statut et non le renouvellement de son titre de séjour antérieur, soutient que la décision contestée la maintient dans une situation de précarité administrative, puisqu'elle se trouve dépourvue de document justifiant de la régularité de son séjour. Toutefois, cette situation n'est pas distincte de celles d'autres étrangers sans document de séjour. De plus, si Mme B fait état de la suspension de son contrat de travail pour une durée d'un mois à compter du 3 juillet 2024, il résulte de l'instruction qu'une éventuelle mesure définitive de rupture de ce contrat n'est pas susceptible d'intervenir avant le 3 août 2024 et qu'en tout état de cause, Mme B ne produit aucun élément de nature à établir la gravité des effets qui résulteraient de celle-ci et de la situation de précarité financière dans laquelle elle se trouverait. Dans ces conditions, la condition d'urgence ne peut, en l'état, être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Copie en sera adressée au préfet du Val-de-Marne.
Fait à Lille, le 23 juillet 2024 .
Le juge des référés,
signé
E. Kolbert
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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