jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407322 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 12 juillet 2024 et 18 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Marseille, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de prononcer la suspension de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part dudit conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle ;
5°) en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle ou en cas de renonciation de sa part au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence, qui est ici présumée, est remplie ;
- il justifie de plusieurs moyens de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ;
- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier, de plein droit, du renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle et qu'il ne présente pas, par ailleurs, une menace pour l'ordre public.
Par des pièces et un mémoire en défense, enregistrés les 23 et 24 juillet 2024, le préfet du Nord, représenté par le cabinet Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable car dirigée contre une décision inexistante ;
- l'urgence alléguée n'est pas établie ;
- en l'absence de décision implicite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fabre, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 juillet 2024 à 15 h 15 :
- le rapport de M. Fabre, juge des référés ;
- les observations de Me Marseille, représentant M. A et celles de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord.
A l'audience publique, les parties concluent aux mêmes fins que dans leurs écritures et selon la même argumentation.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 1er janvier 1997 en Afghanistan, de nationalité afghane, s'est vu reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l'OFPRA du 17 août 2017. Il a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 14 novembre 2019 au 13 novembre 2023. Le 16 août 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par une décision, dont le requérant demande la suspension d'exécution, le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension d'exécution :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / () ".
5. Il résulte de l'instruction que, le 22 juillet 2024, postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet du Nord a délivré à l'intéressé une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, valable jusqu'au 21 janvier 2025. Par suite, le requérant se trouve désormais en situation régulière sur le territoire français, il est de nouveau autorisé à travailler et il n'est ni soutenu ni allégué que cette attestation ne lui permettrait pas de bénéficier de ses droits sociaux. Dans ces conditions, la condition d'urgence, qui n'est initialement que présumée, n'est pas remplie.
6. Il résulte de ce qui précède que, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin de suspension d'exécution présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Marseille.
Copie en sera transmise pour information au préfet du Nord.
Fait à Lille le 25 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
X. FABRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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