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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2407383

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2407383

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2407383
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2024, M. C A B, représenté par Me Vergnole, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner au préfet du Nord, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer un dossier en vue de la saisine de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) dans un délai de soixante-douze heures à compter de l'ordonnance à intervenir, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le refus d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale préjudicie de manière grave et immédiate à son droit d'asile et sa situation dès lors qu'il peut être transféré à tout moment en Croatie alors que ce pays ne peut plus être tenu comme responsable de sa demande d'asile ;

- le refus d'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale méconnait son droit constitutionnel à l'asile et le paragraphe 2 de l'article 9 du règlement UE 1560/2003, la France étant devenue responsable de la demande d'asile à défaut pour l'administration de démontrer avoir notifié à l'Etat responsable de l'impossibilité de procéder à son transfert ;

- il ne pouvait être déclaré en fuite dès lors que les convocations ont été envoyées à son ancienne adresse alors que l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui avait notifié, le 29 septembre 2023, une sortie de lieu d'hébergement pour demandeur d'asile et l'avait informé de sa domiciliation auprès du service de premier accueil des demandeurs d'asile de Villeneuve d'Ascq ;

- ce refus est entaché d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à son absence de comportement systématique et intentionnel de fuite ;

- ce refus porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit d'asile qui a le caractère d'une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Féménia, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant soudanais né le 1er août 1998 à Khartoum (Soudan), a sollicité son admission au séjour en qualité de demandeur d'asile le 3 juillet 2023. Il s'est vu notifier le 31 juillet 2023 l'arrêté du même jour du préfet du Nord portant transfert de sa demande d'asile vers l'Etat membre responsable de l'examen de cette demande, qui n'a pas été exécuté. Estimant que le délai de six mois avait expiré, il a sollicité le 5 juillet 2024, par le biais de son conseil, les services de la préfecture afin de voir sa demande d'asile enregistrée selon la procédure normale. Par un courriel en date du 8 juillet 2024, le préfet du Nord lui a fait savoir que son délai de transfert avait été prorogé compte tenu de son placement en fuite. M. A B demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer un dossier en vue de la saisine de l'OFPRA.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article.

4. A l'effet de justifier de la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. A B fait valoir que le refus d'enregistrer sa demande en procédure normale préjudicie de manière grave et immédiate son droit fondamental à l'asile et à sa situation dès lors qu'il craint d'être transféré vers la Croatie à tout moment. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, que le requérant a été placé en fuite dès lors qu'il n'a pas déféré aux deux convocations qui lui ont été adressées par la préfecture. S'il soutient que ces éléments ne sauraient être pris en compte pour caractériser une situation de fuite dans la mesure où l'OFII lui a notifié la fin de sa prise en charge au sein de l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile et de sa domiciliation d'office auprès d'un service de premier accueil des demandeurs d'asile situé à Villeneuve d'Ascq, et que l'administration ne pouvait ignorer ce changement d'adresse, il incombait cependant à M. A B de faire part à la préfecture de ce changement. Il s'est, ainsi, placé lui-même dans la situation d'urgence dont il se prévaut.

5. Ainsi, faute pour M. A B de justifier d'une situation urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans le délai de quarante-huit heures prévu par l'article L. 521-2 du code de justice administrative et sans même qu'il soit besoin de se prononcer sur le caractère grave et manifestement illégal de l'atteinte que pourrait porter la carence alléguée de l'administration à ses droits fondamentaux, il y a lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 de ce code et de rejeter les conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du même code ainsi que celles relatives au frais d'instance.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

6. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". L'article 7 de la même loi dispose : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas manifestement irrecevable ou dénuée de fondement ". La requête de M. A B étant manifestement dénuée de fondement, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B.

Fait à Lille, le 16 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

J. FÉMÉNIA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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