jeudi 26 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407441 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Calonne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
En ce qui concerne la décision portant refus du titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre.
En ce qui concerne le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leclère,
- et les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par sa requête, M. B, ressortissant iranien né le 11 mars 1981 à Paveh (Iran), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision contestée énonce les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, conformément aux prescriptions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit ainsi être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".
4. M. B se prévaut de sa situation maritale. Il déclare être entré sur le territoire français au cours du mois de novembre 2015 et avoir entamé une relation amoureuse avec une ressortissante française en mars 2016 avant de rejoindre, clandestinement, la Grande-Bretagne, en juin 2016. Si le requérant soutient que durant son séjour dans ce pays, sa compagne est venue lui rendre visite régulièrement et que leur relation a ainsi perduré, il ressort des pièces du dossier que, ainsi que le fait valoir le préfet en défense, cette dernière ne justifie que de seize séjours de courte durée en Grande-Bretagne sur une période de six ans, dont seulement un voyage par an en 2017, 2018 et 2019 et deux en 2020. Par ailleurs, si le couple s'est marié le 17 juin 2022, après le retour en France du requérant en mars 2022, cette union présente un caractère récent à la date de la décision attaquée. Enfin, M. B ne justifie d'aucune insertion sociale ni professionnelle sur le territoire français. Par suite, en l'état du dossier, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour ces mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
5. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 19 mars 2024 portant refus de titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision en litige en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 19 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne le pays de destination :
8. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision en litige en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
9. En second lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. ". Aux termes de l'article 3 de cette même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. En se bornant à soutenir qu'il s'est converti au christianisme lors de son arrivée en Angleterre et que de ce fait, en cas de retour en Iran, il risque de subir des traitements inhumains, il ne démontre pas que sa vie serait actuellement menacée en cas de retour dans son pays d'origine au sens des stipulations précitées des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors, au demeurant et ainsi que le fait valoir le préfet en défense, que l'intéressé ne soutient ni n'établit avoir présenté une demande de protection internationale que ce soit en France ou en Grande-Bretagne. Le moyen doit ainsi être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 19 mars 2024 fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code :
" Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré une première fois sur le territoire français en 2015 où il est resté jusqu'en juin 2016, puis une seconde fois en mars 2022. L'intéressé est marié, depuis juin 2022 avec une ressortissante française. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que l'intéressé ne s'est pas soustrait à une précédente mesure d'éloignement, et ne constitue pas une menace à l'ordre public. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B dispose de liens avec la famille de son épouse. Ainsi, dans les circonstances très particulières de l'espèce, le préfet a fait une inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en interdisant à M. B de retourner sur ce territoire pour une durée d'un an.
14. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 19 mars 2024 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête dirigé contre cette décision.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an contenue dans l'arrêté du 19 mars 2024 du préfet du Pas-de-Calais.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. L'annulation de la seule décision par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. B n'implique ni la délivrance d'un titre de séjour, ni le réexamen de la situation du requérant. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. M. B ne pouvant être regardé comme la partie principalement gagnante, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat de somme au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a interdit le retour sur le territoire français à M. B pour une durée d'un an contenue dans l'arrêté du 19 mars 2024 est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Calonne et au préfet du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience du 11 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Baillard, président,
- Mme Leclère, première conseillère,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
M. LeclèreLe président,
Signé
B. Baillard
La greffière,
Signé
S. Dereumaux
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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