vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407477 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Marseille, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre, en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros, à verser à son conseil en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à défaut d'admission ou en cas de sa renonciation à ce bénéfice, à lui verser cette somme.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 17 juillet 2024 sous le numéro 2407479 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Féménia, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante albanaise, née le 29 mai 1996 à Tirana (Albanie), déclare être entrée en France le 12 mars 2015 sans visa. Elle a demandé la reconnaissance de la qualité de réfugiée, qui lui a été refusée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 20 octobre 2015, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 16 juin 2016. Par un arrêté du 9 novembre 2017, le préfet du Nord a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour pour " raisons de santé ". Elle a ensuite été munie d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", le 31 octobre 2018 renouvelé jusqu'au 18 décembre 2023. Le 7 novembre 2023, Mme A a sollicité un changement de statut, en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 23 mai 2024, le préfet du Nord a rejeté cette demande, a obligé l'intéressée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 23 mai 2024 par laquelle le préfet du Nord a rejeté cette demande.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ()" . En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
5. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5.Mme A ayant, par l'effet de sa demande de changement de statut, renoncé à solliciter le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour portant la mention " étudiant ", la présomption d'urgence mentionnée au point précédent ne trouve pas à s'appliquer.
6. Pour justifier l'urgence qui s'attache, selon elle, à suspendre la décision en litige, Mme A soutient que la décision de refus en litige a pour effet de la placer dans la catégorie des étrangers en situation irrégulière sur le territoire français. Cependant, cette situation n'est pas distincte de celle d'autres demandeurs de titre de séjour, et ne suffit donc pas à caractériser la nécessité, pour l'intéressée, de bénéficier dans des délais brefs d'une mesure de suspension dans l'attente de l'intervention du juge au principal. La requérante soutient également que ce refus a pour conséquence de faire obstacle à la poursuite de son activité professionnelle, la plaçant dès lors dans une situation financière précaire. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme A, alors qu'elle bénéficiait d'un titre de séjour mention " étudiant " en cours de validité, n'exerçait une activité qu'à titre accessoire, ainsi d'ailleurs que l'établissent les bulletins de salaire qu'elle verse au dossier. En outre, si elle soutient que la décision en litige la place dans une situation telle que son contrat de travail à durée indéterminée a été suspendu, elle n'apporte à l'appui de ses allégations qu'un courrier daté du 19 juin 2024 de son employeur, l'établissement EOP CORP, dont le tampon scanné ne saurait être regardé comme présentant toutes les garanties d'authenticité et dont la teneur est au demeurant contradictoire avec les mentions du bulletin de salaire du mois de mai établi pour 91 heures travaillées et la circonstance qu'elle bénéficiait d'un récépissé de demande de titre l'autorisant à travailler valable jusqu'au 29 juillet 2024, de sorte que cette justification est insuffisante pour permettre d'établir la réalité d'une quelconque suspension de son contrat de travail consécutive à l'absence de document de séjour. En tout état de cause, l'intéressée n'apporte aucune justification suffisante permettant d'établir la réalité de la précarité financière qu'elle invoque. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions susmentionnées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête aux fins de suspension, d'injonction et aux frais d'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et Me Marseille.
Fait à Lille, le 19 juillet 2024.
La juge des référés,
signé
J. FEMENIA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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