mercredi 31 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407484 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 17 juillet 2024 et le 30 juillet 2024, Mme C B demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre au sous-préfet de Valenciennes, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui délivrer une convocation pour un rendez-vous afin d'enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, dans un délai de 7 jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors d'une part que l'impossibilité matérielle d'obtenir un rendez-vous et de voir traitée sa demande d'admission exceptionnelle au séjour dans un délai raisonnable la maintient dans une situation irrégulière portant atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et d'autre part que la promesse d'embauche dont elle bénéficie risque d'être caduque ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors que l'obtention d'un rendez-vous est indispensable pour faire enregistrer sa demande. De plus, elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative puisqu'il s'agit de l'enregistrement d'une demande d'admission au séjour ;
- l'absence d'enregistrement de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour depuis trois mois méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante gabonaise née le 8 septembre 1988, déclare être entrée en France en octobre 2010. Elle a été mise en possession d'une carte de séjour temporaire mention " étudiant ", valable jusqu'au 14 décembre 2022. Elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en mai 2022 puis a demandé un changement de statut en demandant un titre de séjour mention " recherche d'emploi ". Par un arrêté du 8 mars 2023, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français. Par ordonnance du 11 mai 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a rejeté la requête de Mme B tendant à la suspension de l'exécution de cet arrêté. Mme B soutient avoir, par un dossier envoyé par voie postale et reçu le 10 avril 2024 par les services de la sous-préfecture de Valenciennes, sollicité son admission exceptionnelle au séjour " pour motif de travail ". Par la présente requête, elle demande au juge des référés d'enjoindre au sous-préfet de Valenciennes, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui délivrer une convocation pour un rendez-vous afin d'enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. D'une part, Mme B, qui ne joint pas à sa requête la copie de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, se borne à produire des captures d'écran de courriels échangés avec les services de la sous-préfecture de Valenciennes au cours de la journée du 12 avril 2024, dont la réponse de l'administration indiquant que " les récépissés sont délivrés lorsque le dossier est complet. Pour déterminer si votre dossier est complet, il faut bien qu'il soit instruit. Les dossiers sont instruits par ordre d'arrivée chronologique ". Il ne ressort pas de la requête et des pièces jointes, et il n'est d'ailleurs pas allégué, que le dossier serait complet. D'autre part, pour justifier de l'urgence à enjoindre au sous-préfet de Valenciennes de lui délivrer une convocation pour un rendez-vous afin d'enregistrer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, Mme B se prévaut d'une promesse d'embauche, laquelle est devenue caduque puisque mentionnant une date de prise de fonction au 8 avril 2024. Mme B soutient sans l'établir que l'absence de récépissé de demande de titre de séjour, qui n'a ni pour objet ni pour effet de l'obliger à quitter le territoire français, porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 31 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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