vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407511 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2024, la société 4QU demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le maire de Seclin a prononcé la fermeture administrative partielle de l'établissement recevant du public " Auberge du Forgeron ", situé 17 rue Roger Bouvry, jusqu'à la levée des prescriptions de sécurité exigées par la commission de sécurité et incendie et la délivrance d'un avis favorable par la même commission dans le cadre du dépôt et de l'instruction d'un dossier d'autorisation de travaux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Seclin le versement d'une somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient :
Sur l'urgence, que :
- la décision en litige de fermeture du niveau R+2 de l'établissement va entrainer une perte du chiffre d'affaires qu'elle aurait normalement réalisé durant la période de fermeture, dont le montant s'élevait à 38 110 euros en juin 2023 et 29 687 euros en juin 2024, alors que l'établissement compte vingt-et-un salariés et, qu'elle doit également payer ses fournisseurs, mettant dès lors en péril son équilibre financier ;
- l'urgence est d'autant plus caractérisée qu'elle devait accueillir des personnes ayant réservé durant la période des jeux olympiques qui compte tenu des prix pratiqués et du peu d'offre hotellière dans la localité, seront en difficulté pour se reloger.
Sur le doute sérieux, que :
- la décision en litige est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire préalable, en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que des dispositions de l'article L. 143-3 du code de la construction et de l'habitation ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que les dispositions de l'article R. 123-4 du code de la construction et de l'habitation sur lequel elle se fonde ont été abrogées ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux risques pour la sécurité des personnes ainsi qu'au regard de l'absence de délai assortissant cette mesure de fermeture administrative.
Vu :
- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Féménia, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. La société 4QU exploite un établissement hôtelier à Seclin. Par un arrêté du 12 juin 2024, le maire de Seclin a ordonné la fermeture administrative du niveau R+2 de son établissement jusqu'à la levée des prescriptions de sécurité exigées par la commission de sécurité et incendie et la délivrance d'un avis favorable par la même commission dans le cadre du dépôt et de l'instruction d'un dossier d'autorisation de travaux. Par la présente requête, la société 4QU demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Enfin, la condition d'urgence doit être appréciée à la date à laquelle le juge des référés statue.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le maire de Seclin a prononcé la fermeture administrative partielle de l'établissement recevant du public " Auberge du Forgeron ", la société requérante soutient que cet arrêté la place dans une situation financière difficile. Toutefois, à cet égard, elle ne verse au dossier que des documents relatifs au compte de résultat, qui révèlent notamment que son chiffre d'affaires est de 1 307 793 euros en 2023 et son résultat d'exploitation de 39 138 euros pour ce même exercice ainsi qu'une attestation de son expert-comptable qui fixe le chiffre d'affaires du mois de juin 2023 à 38 110 euros et celui de juin 2024 à 29 687 euros. La production de ces documents n'est pas de nature à établir l'existence à ce jour d'une situation économique fragile ou dégradée à un point tel que, par défaut de trésorerie, elle se trouverait dans l'incapacité de faire face à ses charges fixes, et serait exposée au risque de cesser définitivement son activité, alors que la requérante reconnaît elle-même que son entreprise présente de bons résultats financiers. La société requérante soutient également que la mesure de fermeture litigieuse prive de tout travail les vingt-et-un salariés de leur rémunération. Il n'est toutefois pas établi que les salariés ne percevraient pas leur rémunération en raison de cette fermeture administrative qui ne porte que sur un seul étage de l'établissement ni que la requérante serait nécessairement conduite à licencier tout ou partie de son personnel du fait de la remise en cause de son équilibre économique. La condition d'urgence fixée à l'article L.521-1 du code de justice administrative n'étant pas satisfaite, les conclusions à fin de suspension présentées par la société 4QU doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société 4QU doit être rejetée dans son ensemble y compris les conclusions à fin d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société 4QU est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société 4QU.
Une copie sera adressée pour information à la commune de Seclin.
Fait à Lille, le 26 juillet 2024.
La juge des référés,
signé
J. FEMENIA
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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