mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407555 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2024, Mme C A B, représentée par Me Schryve, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Nord de l'orienter, avec son enfant mineur, vers un lieu d'hébergement susceptible de les accueillir, sans délai, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, en cas d'acceptation de la demande d'aide juridictionnelle, le versement à Me Schryve d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à charge pour elle de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, le versement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-l'urgence est établie dès lors qu'elle se trouve sans aucune solution d'hébergement et est contrainte de vivre dans la rue avec sa fille née le 11 juillet 2024 alors qu'elle est atteinte d'une infection virale majeure et nécessite des soins réguliers ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à l'hébergement d'urgence, lequel droit, prévu par l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, constitue une liberté fondamentale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Féménia, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 juillet 2024 à 11h15, en présence de Mme Debuissy, greffière, Mme Féménia, juge des référés, a lu son rapport, entendu les observations de Me Schryve, représentant Mme A B qui conclut aux mêmes fins que sa requête introductive d'instance par les mêmes moyens et constaté l'absence du préfet du Nord et celle de son représentant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante angolaise née le 9 avril 1999 qui souffre d'une
infection virale pour laquelle elle est prise en charge médicalement en France, déclare avoir sollicité à plusieurs reprises la délivrance d'une carte de séjour pour soins sur le territoire français, sans que sa demande ne soit enregistrée ni examinée par le préfet du Nord. Le 11 juillet 2024, elle a donné naissance à une petite fille. Son compagnon étant sans domicile fixe et l'accueil fraternel roubaisien où elle a été hébergée tout le long de sa grossesse n'étant pas en capacité d'accueillir un enfant, elles se retrouvent depuis leur sortie de l'hôpital, le 18 juillet, dans la rue. Par sa requête, Mme A B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet du Nord de l'orienter vers un lieu d'hébergement susceptible de l'accueillir ainsi que sa fille mineure.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
4. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'État, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse () ". L'article L. 345-2-2 du même code dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 de ce code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".
5. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement de ces dispositions, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
6. En l'espèce, Mme A B soutient sans être sérieusement contestée qu'elle est dépourvue de toute solution d'hébergement, sous réserve d'un accueil très ponctuel en nuitées d'hôtel financées par une association d'action sociale tourquennoise, et que depuis sa sortie de la maternité, le 18 juillet dernier, où elle a donné naissance à une fille, elle dort dans les rues de l'agglomération lilloise avec son compagnon et son bébé, sans disposer par ailleurs de ressources. Il apparaît en outre que, depuis le mois de février 2023, le compagnon de la requérante a régulièrement pris l'attache des services du " 115 " sans qu'aucune solution d'hébergement ne lui soit proposée. Si dans le cadre de ses écritures, le préfet du Nord présente l'organisation nationale et locale du dispositif d'hébergement d'urgence, rappelle les moyens consentis pour accroître les capacités d'hébergement d'urgence dans le département du Nord et indique qu'en raison du nombre quotidien de demandes de nombreux refus ont pu être opposés et qu'un système de priorisation a été mis en place depuis plusieurs années, il ne fait toutefois valoir aucune circonstance précise pour justifier l'absence de proposition d'hébergement à Mme A B. Il ne fournit en particulier aucune précision sur le nombre de familles qui seraient placés sur liste d'attente notamment celles constituées par un parent isolé accompagné d'une enfant mineur. Eu égard à la situation de vulnérabilité et de détresse sociale dans laquelle la requérante se trouve, la carence de l'Etat dans son obligation d'assurer un hébergement d'urgence à des personnes sans abri, doit être regardée, en l'état du dossier, comme étant caractérisée en l'espèce et comme constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
7. Au regard de la situation de la requérante, telle que décrite au point précédent, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
8. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de proposer à Mme A B dans un délai de 72 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, un hébergement d'urgence pouvant l'accueillir avec son enfant, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais d'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser Me Schryve au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de l'obtention de l'aide juridictionnelle à titre définitive et contre renonciation de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A B est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de proposer à Mme A B un hébergement d'urgence pouvant l'accueillir avec son enfant mineur dans un délai de 72 heures, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 3 : L'Etat versera à Me Schryve sous réserve de l'obtention de l'aide juridictionnelle à titre définitif et contre renonciation de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A B, à Me Schryve, au préfet du Nord et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Fait à Lille le 23 juillet 2024.
La juge des référés,
Signé,
J. FEMENIA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026