lundi 16 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407598 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 et 26 juillet 2024, M. C D, représenté par Me Clément, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a ordonné son transfert aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros (mille cinq cent euros) au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas établi que son entretien individuel ait été mené par agent qualifié ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 9 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.
La requête a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais, qui a transmis des pièces sans produire de mémoire en défense.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Barre en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Barre, magistrate désignée ;
- les observations de Me Clément, représentant M. D, absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et réitère, notamment, que la fille du requérant s'est vu reconnaître le statut de réfugié, ce dont le préfet du Pas-de-Calais a été informé en avril 2024 ;
- le préfet du Pas-de-Calais n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant guinéen né le 25 octobre 2001, a déposé une demande d'asile enregistrée le 2 novembre 2023 par les services de la préfecture du Pas-de-Calais. A la suite du dépôt de cette demande, le préfet du Pas-de-Calais, constatant que les empreintes digitales de M. A avaient été enregistrées en Espagne le 11 septembre 2023, a saisi les autorités espagnoles d'une demande de prise en charge le 20 novembre 2023 lesquelles ont implicitement fait connaître leur accord. Par un arrêt du 12 juillet 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet du Pas-de-Calais à décider de transférer M. A aux autorités espagnoles.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. / () / L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. D s'est prévalu, lors du dépôt de sa demande d'asile, de la présence en France de sa compagne, Mme B E D, et de leurs deux enfants, nés le 20 novembre 2020 et le 25 octobre 2022. Il ressort également des pièces du dossier que la fille du requérant, née le 20 novembre 2020, s'est vu reconnaître le statut de réfugiée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 9 août 2023 et que M. D produit plusieurs pièces, dont une attestation de la directrice de l'école de la fille du requérant, établissant qu'il participe activement à l'entretien et à l'éducation de cette enfant, sans que le préfet du Pas-de-Calais, qui, au demeurant, a été informé de la décision de l'OFPRA dès le mois d'avril 2024, ne remette en cause l'intensité des liens parentaux dont se prévaut M. D. Dans ces conditions, en décidant du transfert de M. D aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile, le préfet du Pas-de-Calais a porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision été prise. Par suite, M. D est fondé à soutenir que la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a ordonné le transfert de M. D aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Eu égard aux motifs qui la fonde, l'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a ordonné le transfert du requérant aux autorités espagnoles implique nécessairement que soit enjoint au préfet du Pas-de-Calais d'enregistrer la demande d'asile de M. D en procédure normale dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il ne soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut donc se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Clément, avocat de M. D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Clément de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. D.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a ordonné le transfert de M. D aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Pas-de-Calais d'enregistrer la demande d'asile de M. D en procédure normale dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Clément renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Clément, avocat de M. D, une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 (mille) euros sera versée à M. D.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Clément et au préfet du Pas-de-Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. BARRE
La greffière,
signé
O. MONGET La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
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Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026