vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407677 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Navy, demande au tribunal :
1°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de deux jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cinq cents euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie de la condition d'urgence dès lors que le préfet du Nord ne lui pas délivré de récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour, que son contrat de travail a été suspendu, que son employeur entend désormais la licencier et la convoque le 29 juillet 2024 à un entretien préalable au licenciement et que, du fait des charges financières à assumer, elle ne peut plus subvenir aux besoins de son enfant, dont elle a la charge ;
- l'absence de délivrance d'un récépissé, alors qu'elle a déposé un dossier complet le 11 avril 2024, est manifestement illégale ;
- le refus de délivrance d'un récépissé porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir dès lors qu'elle ne peut se déplacer librement et que, en cas d'interpellation, elle est susceptible de faire l'objet d'un placement en retenue administrative et d'une mesure d'éloignement ;
- le refus de délivrance d'un récépissé porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de travailler dès lors que son contrat de travail a été suspendu et qu'elle a été convoquée à un entretien préalable à un licenciement, en raison de sa situation administrative ;
- le refus de délivrance d'un récépissé porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'intérêt supérieur de son enfant, protégé par le 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fabre, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 juillet 2024 à 14 h 00 :
- le rapport de M. Fabre, juge des référés ;
- les observations de Me Guillaud, substituant Me Navy, représentant Mme A, par ailleurs présente.
A l'audience, Me Guillaud conclut aux mêmes fins que dans ses écritures selon la même argumentation.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, née le 26 mai 1994 en Guinée, de nationalité guinéenne, est entrée en France le 6 septembre 2018, munie d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ". A l'issue de l'année universitaire 2021/2022, elle a obtenu, avec mention, un Master " Sciences, technologies, santé " mention " Réseaux et télécommunication ". Après avoir disposé d'un titre de séjour " étudiant ", renouvelé, elle a été bénéficiaire d'un titre de séjour " recherche d'emploi, création d'entreprise " puis d'un titre de séjour " salarié ". Depuis le 3 janvier 2023, elle exerce, en contrat à durée indéterminée, un emploi de consultant junior au sein de la société Davidson SI Nord. A ce titre, elle s'est vue délivrer un titre de séjour valable du 20 juin 2023 au 19 juin 2024. Elle en a sollicité le renouvellement le 11 avril 2024. Elle ne s'est cependant vue délivrer ni titre de séjour ni récépissé de demande. Par la requête dont le tribunal est saisi, Mme A demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de deux jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cinq cents euros par jour de retard.
Sur les conclusions principales :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3. Il résulte de l'instruction que Mme A est titulaire d'un contrat à durée indéterminée depuis janvier 2023, que, du fait de l'absence de délivrance, notamment, d'un récépissé de demande, son employeur a été contraint de suspendre son contrat de travail et l'a convoquée, pour le 29 juillet 2024, à un entretien préalable en vue d'un licenciement, du fait de sa situation administrative. Mme A risque ainsi, à très brève échéance, de perdre son emploi et donc de se trouver sans revenus alors que, par ailleurs, elle est mère d'un enfant de six mois dont elle a la charge. Dans ces conditions, la condition d'urgence est satisfaite.
4. Par ailleurs, il n'est pas contesté par le préfet du Nord, qui n'a pas produit de mémoire en défense et n'était ni présent ni représenté à l'audience, que le dossier de demande de renouvellement de titre de séjour déposé par l'intéressée était complet. Le comportement du préfet du Nord a pour effet de placer Mme A en situation irrégulière sur le territoire français, de l'empêcher de travailler alors qu'elle dispose d'un emploi rémunéré et stable, qui lui permet d'assurer sa subsistance et celle de son enfant. Ainsi, ledit comportement porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au travail ainsi qu'à la liberté d'aller et venir de Mme A.
5. Il en résulte qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer à Mme A un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour, l'autorisant à travailler. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui fixer pour ce faire un délai de deux jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
Sur les frais d'instance :
6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme A un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de deux jours à compter de la notification de la présente ordonnance sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet du Nord.
Fait à Lille le 26 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
X. FABRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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