mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407764 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Benkhelouf, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande tendant au bénéfice de regroupement familial en faveur de son épouse ;
3°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande de visa de long séjour présentée par son épouse ;
4°) d'enjoindre au préfet du Nord d'accorder un " avis " favorable à la demande de regroupement familial, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Vu :
- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né le 5 juin 1980, déclare être entré en France en 1989 et y résider depuis de manière continue. Il est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 31 mai 2028. Il s'est marié, le 20 juin 2023, à une compatriote, Mme B. Il indique avoir sollicité, le 7 août 2023, le bénéfice du regroupement familial en faveur de son épouse. Il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur cette demande et la décision implicite de rejet qui serait née du silence gardé sur la demande de visa de long séjour présentée par son épouse.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. En premier lieu, il n'est pas justifié d'une demande de visa de long séjour qui aurait été présentée par l'épouse du requérant qui, en outre, ne peut agir à la place de sa conjointe. Les conclusions relatives à une décision implicite de rejet de la demande de visa présentée par Mme B sont, en l'état de l'instruction, irrecevables et doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence et l'existence d'un doute sérieux sur sa légalité.
4. En second lieu, il appartient au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'une demande tendant à la suspension d'une décision administrative, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de cette décision sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, qui doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. L'office du juge des référés, saisi de conclusions à fin de suspension, le conduit à porter sur l'urgence une appréciation objective, concrète et globale, au vu de l'ensemble des intérêts en présence, afin de déterminer si, dans les circonstances particulières de chaque affaire, il y a lieu d'ordonner une mesure conservatoire à effet provisoire dans l'attente du jugement au fond de la requête à fin d'annulation de la décision contestée.
5. Pour justifier l'urgence qui s'attache, selon lui, à suspendre l'exécution de la décision en litige, M. C se borne à se prévaloir de son âge " avancé ", alors qu'il a 44 ans, et de ce que le défaut de visa de long séjour ferait obstacle à ce que les deux époux se voient, sans que soient allégués des difficultés pour obtenir un visa de court séjour ou pour un déplacement de M. C. Par suite, la condition d'urgence, qui ne saurait, en l'espèce, se déduire uniquement de la durée de séparation alléguée des époux, soit 13 mois à la date de la présente ordonnance, ne peut être regardée comme remplie.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire implicitement sollicitée par la présentation de conclusions faisant référence à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C.
Une copie sera adressée pour information au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 24 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
J.M. RIOU
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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