vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407801 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2024, la société Euro Services Violaines, représentée par Me Boutignon, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 28 juin 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a mise en demeure de régulariser sa situation administrative au regard de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de rechercher le détenteur des déchets en cause ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les " entiers " dépens.
Vu :
- la requête, n°2407788, enregistrée le 25 juillet 2024 à fin d'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. La société Euro Services Violaines est propriétaire d'un ensemble de parcelles, composées d'un immeuble de bureaux et d'entrepôts, situé sur le territoire de la commune de Violaines. Lors d'un contrôle sur site du 15 février 2024, l'inspection des installations classées a constaté la présence d'une installation, relevant du régime de la déclaration, de tri, transit et regroupement de déchets non inertes non dangereux, activité classée dans la rubrique 2716 de la nomenclature des ICPE. Un projet d'arrêté de mise en demeure de régularisation de la situation de cette exploitation a été reçu le 29 avril 2024 par la société qui a présenté des observations. Par un arrêté du 28 juin 2024, le préfet du Pas-de-Calais a mis en demeure la société de régulariser la situation administrative de son exploitation. Par la présente requête, la société Euro Services Violaines demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Pour justifier l'urgence qui s'attache, selon elle, à suspendre l'exécution de l'arrêté en litige, la société Euro Services Violaines expose avoir conclu un bail, qu'elle produit sous une forme non datée et non signée, avec une société de droit belge Gizi. Ce bail mentionne que l'objet de la société Gizi comporte le traitement de déchets textiles. Un ensemble de déchets, notamment textiles, a été entreposé sur le site lors du premier confinement lié à la crise du Covid-19, en avril 2020. La société requérante expose également qu'en juin 2023 elle a indiqué, en tant que bailleresse, à la nouvelle preneuse du local en cause, la société Actif TP, de réaliser un " merlon " avec les déchets en cause. Si la société requérante soutient que l'arrêté lui impose de prendre des " mesures irréversibles ", l'arrêté lui ouvre une option entre la déclaration de l'installation de déchets constatée sur place ou la cessation avec remise en état. La société ne précise pas en quoi l'une ou l'autre de ces options affecterait de manière grave, ni a fortiori de manière irréversible, sa situation, y compris financière. Si elle expose également que la mesure contestée a " fait fuir " certains locataires, dont la société Actif TP précitée, elle n'appuie cette allégation d'aucune justification et ne précise pas l'impact sur sa situation financière des ruptures de contrats, se bornant à produire le bail avec la société Actif TP, conclu pour 1 150 euros hors taxe par mois. Dans ces conditions, eu égard à la justification alléguée de la situation d'urgence mais également eu égard aux intérêts que la législation des ICPE a pour objet de protéger, s'agissant de déchets présents sur un site depuis plus de quatre ans, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions à fin d'injonction, qui ne sont en outre ni présentées à titre provisoire ni en rapport direct avec la décision contestée, doivent également être rejetées.
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme réclamée au titre de cet article par la société Euro Services Violaines. Aucun dépens n'ayant été exposé dans la présente instance, les conclusions tendant à ce que les dépens ne soient pas à la charge de la société, ce qui implique qu'il s'agit des " entiers " dépens, ne peuvent également qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Euro Services Violaines est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Euro Services Violaines.
Une copie sera adressée pour information au préfet du Pas-de-Calais.
Fait à Lille, le 26 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
J.M. RIOU
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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