jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2408194 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 août et 7 octobre 2024, M. C B, représenté par Me Slim-Rey, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions du 15 juillet 2024 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de 30 jours et a fixé le Maroc comme pays de destination et, d'autre part, l'a assigné à résidence à Lens, dans le département du Pas-de-Calais, pour une durée ne pouvant excéder un an, renouvelable deux fois ;
2°) d'enjoindre au préfet d'ordonner la levée des effets de l'arrêté du 15 juillet 2024 l'ayant assigné à résidence à Lens, dans le département du Pas-de-Calais, pour une durée ne pouvant excéder un an, renouvelable deux fois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
- elle est empreinte d'une erreur de droit dès lors qu'elle est fondée sur les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne sont applicables qu'en cas de report de l'éloignement.
La requête a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application des articles L. 614-2, L. 921-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;
- les observations de Me Slim-Rey, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que ses précédents écrits par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Hau, représentant le préfet du Pas-de-Calais, qui s'en est remis à la sagesse du tribunal tout en soulevant l'irrecevabilité de la demande d'annulation dirigée contre la décision d'assignation à résidence, laquelle a été introduite tardivement ;
- et les observations de M. B qui a répondu, en français, aux questions qui lui ont été posées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 10 août 1989, est entré régulièrement en France en 2016 sous couvert d'un visa de court séjour qui lui avait été délivré par les autorités consulaires françaises et qui était valable du 10 mars au 23 avril 2016. Suite à son mariage avec une ressortissante française le 28 avril 2018, il s'est vu délivré le 8 août 2019 un titre de séjour valable deux ans, lequel a été régulièrement renouvelé à deux reprises, les 8 août 2021 et 8 août 2023. Le 6 février 2024, sans qu'ait été constatée par une visite domiciliaire ou une enquête de voisinage l'absence de communauté de vie de M. B et de sa femme, le préfet du Pas-de-Calais a sommé M. B de fournir, sans autres précisions, " des justificatifs de maintien de (son) mariage et de (la) communauté de vie avec son épouse ". Si M. B, qui travaillait alors dans un garage à Mulhouse, a fourni son livret de famille et une déclaration sur l'honneur de vie commune le 15 mai 2024, le préfet du Pas-de-Calais avait, à cette date, déjà procédé, le 26 avril 2024, au retrait du dernier titre pluriannuel dont il était bénéficiaire, faute pour l'intéressé d'avoir justifié du maintien de la communauté de vie avec son épouse. Le 14 juillet 2024, il a été interpellé à la suite d'un contrôle routier opéré au péage de l'A26 sur la commune de Fouquières-lès-Béthune où il a été constaté qu'il était enregistré au fichier des personnes recherchées. Il a alors fait l'objet d'une procédure de vérification de son droit à séjourner et circuler sur le territoire français et s'est vu notifier, le 15 juillet 2024, une obligation de quitter, dans un délai de 30 jours, le territoire français à destination du Maroc ainsi qu'une assignation à résidence à Lens, dans le département du Pas-de-Calais, pour une durée ne pouvant excéder un an, renouvelable deux fois. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation de ces décisions.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet du Pas-de-Calais :
2. Il ressort des pièces du dossier que l'assignation à résidence attaquée a été notifiée à M. B le 15 juillet 2024 à 18h40 par voie administrative. Or, ce n'est que le 7 octobre 2024, soit plus de deux mois francs après l'édiction de cette mesure que M. B en a sollicité l'annulation. Il suit de là que la fin de non-recevoir soulevée par le préfet du Pas-de-Calais, tirée de la tardiveté des conclusions à fin d'annulation de la décision d'assignation en litige, doit être accueillie.
Sur les autres conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / () ". Et, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
4. En l'espèce, M. B est entré régulièrement en France en 2016, à l'âge de 26 ans. Il y résidait, majoritairement régulièrement, depuis plus de 8 ans à la date d'adoption de la décision attaquée. Il est marié, depuis le 28 avril 2018, avec une ressortissante française, Mme A. Or il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation et de l'audition de sa femme ainsi que du procès-verbal de sa retenue administrative, où cours de laquelle M. B a sollicité qu'elle soit prévenue et a fourni son numéro de téléphone portable, que le requérant entretien avec Mme A une vie commune, laquelle est, au demeurant présumée entre époux et dont aucune pièce au dossier n'établit qu'elle aurait cessée. Si le couple n'a pas d'enfant, la femme de M. B a une fille qui vit avec eux. Il suit de là que, nonobstant le fait que les parents de M. B résident au Maroc, ce dernier, qui a déclaré avoir son frère en France, dispose sur le territoire français de ses attaches familiales les plus intenses. Il ressort également des pièces du dossier, notamment des fiches de paie fournies, que M. B, qui travaille depuis le 10 mai 2024 à Béthune, a occupé divers emplois, en qualité d'intérimaire le plus souvent, de septembre 2020 à mars 2023, en mai 2023, puis d'août 2023 à mars 2024. Il établit ainsi, eu égard à son importante durée de séjour régulier et à ses activités professionnelles, qu'il dispose désormais en France du centre de ses intérêts privés. Il est donc fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais a, en l'obligeant à quitter le territoire français, méconnu tant les dispositions précitées de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B, à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, doivent être accueillies. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du 15 juillet 2024 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais lui a octroyé un délai de départ volontaire de 30 jours et a fixé le Maroc comme pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Le présent jugement implique, conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit enjoint au préfet du Pas-de-Calais de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et que l'intéressé soit muni, sans délai, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction du prononcé d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, M. B est fondé à solliciter que soit mise à la charge de l'Etat, qui est la partie principalement perdante dans la présente instance, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 15 juillet 2024, par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a obligé M. B à quitter le territoire français, lui a octroyé un délai de départ volontaire de 30 jours et a fixé le Maroc comme pays de destination de la mesure d'éloignement, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Pas-de-Calais de procéder au réexamen de la situation de M. B, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros (mille euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Slim-Rey et au préfet du Pas-de-Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
X. LARUE
La greffière,
Signé
O. MONGET
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2408194
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
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Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026