vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2408206 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 août 2024, M. B E, représenté par Me Rivière, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les arrêtés du 30 juillet 2024 par lesquels le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. E soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation dans leur application ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard aux circonstances humanitaires qu'il peut faire valoir ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation ".
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Varenne en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Varenne, magistrate désignée,
- les observations de Me Guillaud, substituant Me Rivière, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- les observations de M. E, assisté de M. D, interprète assermenté en langue arménienne, qui répond aux questions posées par le tribunal.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant arménien né le 20 juillet 1986 dans la région du Haut-Karabagh, demande l'annulation des arrêtés du 30 juillet 2024 par lesquels le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. / () / L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
4. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 4 avril 2024, publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 126, le préfet du Nord a donné délégation à Mme C A, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Il n'est pas contesté que M. E est entré en France au cours de l'année 2011 accompagné de sa mère. Il ressort des pièces du dossier qu'il a sollicité le bénéfice d'une protection internationale le 14 novembre 2011, demande rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 janvier 2023 puis par un jugement de la Cour nationale du droit d'asile du 27 janvier 2014. Il a demandé une première fois le réexamen de sa demande d'asile le 19 septembre 2014, demande rejetée par l'OFPRA le 10 octobre 2014, puis a sollicité la délivrance d'un titre de séjour qui lui a été refusée par une décision du 30 novembre 2018 du préfet de la Moselle assortie d'une mesure d'éloignement, décisions dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Strasbourg le 18 juin 2019. M. E, qui n'a pas exécuté cette première mesure d'éloignement, a ensuite déposé une seconde demande de réexamen de sa demande d'asile le 19 novembre 2020 qui a été déclarée irrecevable par l'OFPRA et a été rejetée par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile le 2 avril 2021. Si M. E totalise ainsi une durée de présence en France de près de treize années à la date de la décision attaquée, ce seul élément ne permet pas d'établir qu'il aurait fixé sur le sol national le centre de ses intérêts privés et familiaux. A cet égard, s'il se prévaut de la présence de sa mère à ses côtés, âgée de 73 ans, cette dernière est en situation irrégulière sur le territoire français depuis le 4 septembre 2015, date de l'expiration de son titre de séjour, et il n'est pas démontré que son état de santé justifierait son maintien sur le sol français. La décision attaquée n'a dès lors pas pour effet de séparer l'intéressé de sa mère. Le requérant ne démontre pas, en outre, par la seule attestation qu'il produit, qu'il aurait tissé en France des liens privés d'une particulière intensité. Il ne démontre pas davantage être particulièrement inséré dans la société française. Enfin, s'il est constant que M. E est né dans la région du Haut-Karabagh et y a toujours vécu avant son arrivée en France, la circonstance que cette région soit passée entièrement sous le contrôle des autorités azerbaïdjanaises depuis le mois de septembre 2023 et que le requérant ne puisse s'y établir en cas de retour en Arménie ne suffit pas à elle seule à considérer que le requérant ne pourrait se réinsérer socialement et professionnellement sur le territoire arménien actuel. A cet égard, s'il indique que l'ensemble des membres de sa famille a quitté l'Arménie, il ne l'établit pas. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il y a lieu, pour les mêmes motifs, d'écarter également le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. E.
7. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 juillet 2024 par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, l'article L. 612-3 de ce code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ( ) ".
9. En premier lieu, pour refuser à M. E l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet du Nord a estimé qu'il existait un risque que ce dernier se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement pouvant être prise à son encontre dès lors qu'il s'était déjà soustrait à l'exécution de la première mesure d'éloignement le concernant, qu'il ne pouvait présenter un document d'identité ou de voyage en cours de validité et avait fait part de son intention de ne pas se conformer à l'éventuelle obligation de quitter le territoire français qui lui serait faite. Le préfet du Nord doit ainsi être regardé comme ayant fondé sa décision sur les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur celles des 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. En l'espèce, M. E, qui s'est borné à indiquer lors de son audition administrative devoir s'occuper de sa mère malade et isolée sur le territoire français, ne peut être regardé comme ayant explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant dispose d'un hébergement stable à Lille ainsi que d'un passeport en cours de validité, peu importe à cet égard que ce document soit détenu par les services préfectoraux de la Moselle. En revanche, il est constant que le requérant s'est soustrait à la mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet de la Moselle le 30 novembre 2018. Il résulte de l'instruction que le préfet du Nord aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce dernier motif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En second lieu, compte tenu de la situation personnelle de M. E telle qu'elle a été exposée au point 6 du présent jugement, ce dernier ne peut être regardé comme justifiant de circonstances particulières pouvant conduire à ce que lui soit octroyé un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 juillet 2024 par laquelle le préfet du Nord lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :
12. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. M. E soutient qu'il craint, en cas de retour en Arménie, d'être exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard aux discriminations dont font l'objet en Arménie les anciens habitants de l'enclave du Haut-Karabagh. Il soutient, en outre, qu'il risque d'être particulièrement la cible de telles discriminations dès lors qu'il lui sera reproché de n'avoir pas participé à la défense de ce territoire lors des dernières offensives azerbaïdjanaises à l'automne 2020 puis en septembre 2023. Il évoque également sa crainte de ne pouvoir se faire reconnaître comme véritable citoyen arménien. Pour corroborer ses allégations, le requérant se borne à se prévaloir d'un article paru dans la revue Courrier international le 28 avril 2024 intitulé " ces réfugiés du Haut-Karabakh " reniés par l'Arménie " " ainsi que d'un article publié sur le site " le Courrier d'Erevan " le 2 novembre 2023 intitulé " l'Arménie va offrir le statut de réfugié aux déplacés du Karabakh ". Toutefois, ces seuls articles de presse ne suffisent pas établir que les déplacés du Haut-Karabagh seraient la cible de discriminations systématiques de la part de la population arménienne ou des autorités de cet Etat. A cet égard, d'une part, il ressort des sources publiquement disponibles notamment d'un article du 6 novembre 2023 du Courrier d'Erevan, intitulé " Les réfugiés du Haut-Karabagh peuvent obtenir la citoyenneté arménienne " que, dans le cas où des citoyens originaires du Haut-Karabagh sont détenteurs d'un passeport arménien mais ne bénéficient pas pleinement de la citoyenneté arménienne, comme c'est le cas pour M. E, ils peuvent néanmoins obtenir la citoyenneté arménienne via une procédure simplifiée et peuvent, par conséquent, obtenir les droits politiques et sociaux y afférents. A supposer que le requérant choisisse de ne pas mettre en œuvre cette procédure, il pourra alors se voir délivrer par les autorités arméniennes un " certificat de réfugié " lequel lui ouvrira droit à la perception d'aides sociales et lui permettra de résider légalement sur le territoire arménien. D'autre part, les discriminations systématiques à l'encontre des déplacés du Haut-Karabagh évoquées par le requérant ne sont pas corroborés par les autres sources publiquement disponibles sur ce sujet. Il ressort en particulier d'un article du journal Le Monde publié le 22 novembre 2023 intitulé : " le Haut-Karabakh me manque tellement ; en Arménie, la nouvelle vie des réfugiés " que les déplacés en provenance de cette ancienne enclave sont en général bien accueillis par la population arménienne et que leur intégration est réussie. Enfin, le requérant n'apporte aucun élément probant permettant d'établir qu'en cas de retour en Arménie il serait personnellement exposé à un risque de subir des traitements inhumains et dégradants du fait de son absence de participation aux deux dernières guerres ayant opposé l'Azerbaïdjan et l'Arménie au sujet de l'enclave du Haut-Karabagh et, plus généralement, en raison de sa qualité d'ancien habitant de cette région. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 juillet 2024 par laquelle le préfet du Nord a fixé son pays de destination.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
16. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
17. La décision par laquelle le préfet du Nord a fait interdiction à M. E de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an mentionne les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et atteste de ce que l'ensemble des critères énoncés par ces dispositions a été pris en compte. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
18. En deuxième lieu, compte tenu de la situation personnelle de M. E telle qu'elle a été exposée au point 6 du présent jugement, le préfet du Nord n'a commis aucune erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant qu'aucune circonstance humanitaire ne faisait obstacle à ce qu'il soit interdit au requérant de revenir sur le territoire français.
19. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 juillet 2024 par laquelle le préfet du Nord lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée d'une année.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant assignation à résidence :
19. Si M. E soutient que la décision par laquelle le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation ", il n'assortit ses moyens d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être rejetés.
20. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 juillet 2024 par laquelle le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
21. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 30 juillet 2024 par lesquels le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'une année et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Eurielle Rivière et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La magistrate désignée
Signé :
M. VARENNE
La greffière,
Signé :
V. LESCEUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026