jeudi 5 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2408224 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 août 2024, M. A B, représenté par Me Raphaël Chiche, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de lui communiquer les pièces suivantes sur le fondement desquelles la décision du 15 juillet 2024 portant prolongation de sa mise à l'isolement a été rendue, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard :
- le rapport d'incident relatant la découverte, à une date inconnue, de deux téléphones portables et cartes SIM dans les cellules limitrophes à celles qu'il occupait ;
- le rapport d'incident relatant la tentative d'obtention de " traitement de faveur " de la part des surveillants pénitentiaires du centre pénitentiaires de Lille-Loos-Sequedin, le 2 juillet 2024 ;
- le compte-rendu d'incident relatant la découverte " dans les affaires de Monsieur A B d'une fiche pénale complète d'une personne détenue du centre pénitentiaire d'Aix-Luynes " ;
- les pièces permettant d'alléguer qu'il a pris la fuite à deux reprises en Algérie ;
- les pièces permettant d'alléguer " l'existence d'un projet d'évasion au centre pénitentiaire d'Aix-Luynes " ;
- le compte-rendu d'incident faisant état de " menaces () tenues par l'intéressé au mois d'avril 2024, faisant craindre un passage hétéro-agressif à l'encontre des personnels " ;
- les pièces justifiant de " l'impossibilité de l'affecter en détention ordinaire, dans une cellule individuelle, au regard de la surpopulation carcérale que connaît l'établissement " ;
- les pièces permettant d'alléguer que " Monsieur B adopte un comportement particulièrement à l'aise avec les surveillants " et " n'hésite pas à franchir le pas de la porte du bureau des surveillants " ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est impossible de recourir en l'espèce à une ordonnance de " tri " ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il est soumis à un placement à l'isolement depuis désormais plus de trente-quatre mois et se trouve en état de dépendance totale vis-à-vis de l'administration ; en l'absence de communication des pièces de la procédure ayant justifié la décision du 15 juillet portant prolongation de la mise à l'isolement pour une durée de trois mois, il se trouve privé de la possibilité de se prévaloir utilement d'un doute sérieux quant à sa légalité dans le cadre d'un référé suspension et d'en contester le bien-fondé à l'occasion d'un recours pour excès de pouvoir dans le délai de deux mois ; il en découle une atteinte grave au droit à un recours juridictionnel effectif au sens de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- la mesure sollicitée présente un caractère d'utilité dès lors que la communication des pièces de procédure s'avère indispensable pour l'exercice effectif des droits de la défense et devront également être examinées par le juge des référés et le juge du fond lorsqu'ils auront à étudier le bien-fondé du référé suspension et du recours pour excès de pouvoir qu'il introduira à réception des pièces utiles à l'établissement de sa défense ;
- la présente demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse et ne fait pas obstacle à l'exécution de la décision du 15 juillet 2024 dont les effets ont d'ores et déjà commencé à se déployer à compter de cette date.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 août 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative n'est pas caractérisée dès lors que le requérant est en mesure de contester devant le tribunal la décision du 15 juillet 2024 portant prolongation de son isolement, l'administration pénitentiaire lui ayant communiqué lors de la procédure contradictoire et lors du débat contradictoire l'ensemble des pièces utiles à sa défense ; ni le code pénitentiaire ni la circulaire du 14 avril 2011 relative au placement à l'isolement des personnes détenues ne lui impose de communiquer au requérant l'ensemble des documents ayant fondé la décision de prolongation de la mesure d'isolement ;
- la mesure sollicitée ne présente pas un caractère d'utilité dès lors que M. B a introduit le 9 août 2024 devant le tribunal un référé suspension et un recours en excès de pouvoir à l'encontre de la décision du 15 juillet 2024 et qu'en outre, elle est en capacité de communiquer au requérant les éléments dont il a sollicité la transmission ou d'en expliquer l'absence ; un compte-rendu professionnel du 5 janvier 2024 fait état de ce que deux cartes SIM ont été retrouvées sur la coursive entre les cellules du requérant et celles d'un autre détenu alors qu'il était incarcéré au centre pénitentiaire d'Aix-Luynes ; il n'existe pas de rapport d'incident relatant la tentative d'obtention de " traitement de faveur " de la part des surveillants pénitentiaires du centre pénitentiaires de Lille-Loos-Sequedin, le 2 juillet 2024 et ces éléments n'ont pas été repris dans la décision du 15 juillet 2024 ; un compte-rendu professionnel du 5 juillet 2024 fait état de ce que la fiche pénale d'une personne détenue a été découverte dans les effets du requérant et lors du contrôle de son paquetage et ce dernier a pu présenter ses observations sur ce point lors du débat contradictoire ; l'ordonnance de prolongation de détention provisoire de la cour d'appel d'Aix-en-Provence du 28 juillet 2022 fait état de ce que le requérant a pris la fuite vers l'Algérie dès le début de la procédure criminelle ; les propos menaçants tenus par le requérant en avril 2024 ont été consignés dans le procès-verbal du débat contradictoire du 5 avril 2024 dont il a eu connaissance ; la transmission au requérant de documents internes relatives à l'existence d'un projet d'évasion aurait pour effet de porter atteinte à la sécurité publique et à celles des personnes incarcérées.
Le président du tribunal a désigné Mme Stefanczyk, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, écroué depuis le 1er septembre 2021, a fait l'objet, le 7 octobre 2021, d'une mesure de placement à l'isolement, laquelle a été régulièrement renouvelée. A la suite de son transfert au centre pénitentiaire de Lille-Loos-Sequedin, le garde des sceaux, ministre de la justice a, par une décision du 15 juillet 2024, notifiée à l'intéressé le 16 juillet suivant, ordonné la prolongation de son placement à l'isolement pour la période du 16 juillet au 16 octobre 2024. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice de lui communiquer certaines pièces qui ne lui ont pas été transmises lors de la procédure contradictoire et sur la base desquelles la décision du 15 juillet 2024 a été rendue.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
3. Si le juge des référés peut, en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, prescrire la communication des pièces ou informations mettant à même le demandeur de former un recours, en revanche, dès lors qu'un tel recours a déjà été formé, une demande présentée au juge des référés portant sur la communication de pièces utiles à la solution du litige est dépourvue d'utilité jusqu'à ce qu'il soit statué définitivement sur le litige, après épuisement, le cas échéant, des voies de recours. En effet, il appartient au juge saisi du litige, à quelque titre que ce soit, de faire usage des pouvoirs généraux d'instruction qui lui sont dévolus pour ordonner, le cas échéant, les communications qui lui paraissent nécessaires à la solution.
4. Il résulte de l'instruction que M. B a déposé le 9 août 2024 devant le tribunal deux requêtes, l'une ayant pour objet la suspension de l'exécution de la décision du 15 juillet 2024 prolongeant son placement à l'isolement du 16 juillet au 16 octobre 2024 et l'autre, l'annulation de cette même décision. Dès lors, la demande de l'intéressé tendant à ce que le juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, enjoigne au garde des sceaux, ministre de la justice de lui communiquer certaines pièces sur la base desquelles la décision du 15 juillet 2024 a été rendue, est, à la date de la présente ordonnance, dépourvue d'utilité.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Fait à Lille, le 5 septembre 2024.
La juge des référés,
signé
S. STEFANCZYK
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026