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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2408422

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2408422

mercredi 28 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2408422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en référé, a été saisi par M. A B pour demander l’exécution d’une précédente ordonnance du 3 juillet 2024, qui enjoignait au préfet du Nord de réexaminer sa situation sous quinze jours. Le requérant soutenait que cette injonction n’avait pas été exécutée, constituant un élément nouveau justifiant l’application de l’article L. 521-4 du code de justice administrative. Le tribunal a admis le requérant au bénéfice provisoire de l’aide juridictionnelle et a fait droit à sa demande en assortissant l’injonction d’une astreinte de 200 euros par jour de retard, à compter de l’expiration d’un délai de 24 heures suivant la notification de la décision. Cette solution repose sur les articles L. 521-1 et L. 521-4 du code de justice administrative, ainsi que sur la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2024, M. D A B, représenté par Me Vergnole, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, d'assortir l'injonction prononcée à l'encontre du préfet du Nord par l'ordonnance n° 2406241 du 3 juillet 2024 d'une astreinte de 200 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'injonction prescrite par l'ordonnance n° 2406241 du 3 juillet 2024 n'a pas été exécutée, le préfet du Nord n'ayant pas statué sur sa demande de titre de séjour dans le délai prévu par cette ordonnance ;

- cette inexécution constitue un élément nouveau au sens de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- l'ordonnance n° 2406241 du 3 juillet 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, premier vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 août 2024 à 10 h 15, en présence de M. Delforge, greffier d'audience :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Vergnole, représentant M. A B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête introductive d'instance, par les mêmes moyens.

Le préfet du Nord n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant djiboutien né le 21 septembre 2001, s'est vu délivrer, en qualité de membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire, une carte de séjour pluriannuelle dont la validité expirait le 4 février 2024. Il a sollicité auprès du préfet du Nord, par demande du 1er février 2024, le renouvellement de ce titre. Le silence gardé sur cette demande par le préfet du Nord a fait naître une décision implicite de rejet. Par ordonnance n° 2406241 du 3 juillet 2024, le juge des référés de ce tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de cette décision et enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de M. A B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Par la présente requête, M. A B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, d'assortir cette injonction d'une astreinte de 200 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.

Sur les conclusions aux fins d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'État. () "..

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre M. A B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

4. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 521-4 du même code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

5. Si l'exécution d'une ordonnance prise par le juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, peut être recherchée dans les conditions définies par le livre IX du même code, et en particulier les articles L. 911-4 et L. 911-5, la personne intéressée peut également demander au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, d'assurer l'exécution des mesures ordonnées demeurées sans effet par de nouvelles injonctions et une astreinte.

6. Lorsqu'une personne demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, d'assurer par de nouvelles injonctions et une astreinte l'exécution de mesures ordonnées par le juge des référés et demeurées sans effet, il appartient à cette personne de soumettre au juge des référés tout élément de nature à établir l'absence d'exécution, totale ou partielle, des mesures précédemment ordonnées et à l'administration, si la demande lui est communiquée en défense et si elle entend contester le défaut d'exécution, de produire tout élément en sens contraire, avant que le juge des référés se prononce au vu de cette instruction.

7. L'ordonnance n° 2406241 du 3 juillet 2024 précitée ayant été notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et une copie en ayant été adressée au préfet du Nord ce même 3 juillet 2024, ce dernier disposait d'un délai expirant le 18 juillet 2024 pour procéder au réexamen de la situation de M. A B. Il ne résulte pas de l'instruction que le préfet du Nord aurait, à la date de la présente ordonnance, effectué un tel réexamen. Ainsi, cette ordonnance du 3 juillet 2024 ne peut être regardée comme ayant été entièrement exécutée ou comme ayant donné lieu à l'adoption, de la part de la préfecture du Nord, de mesures équivalentes aux mesures provisoires prescrites par cette ordonnance. Cette circonstance est constitutive d'un élément nouveau au sens et pour l'application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'assortir l'injonction prononcée par l'ordonnance n° 2406241 du 3 juillet 2024 d'une astreinte de 100 euros par jour de retard, dans le délai de 72 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. M. A B a été admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Vergnole, avocate de M. A B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Vergnole d'une somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A B.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'injonction prononcée par l'ordonnance n° 2406241 du 3 juillet 2024 est assortie d'une astreinte de 100 euros par jour de retard, dans le délai de 72 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Vergnole renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Vergnole, avocate de M. A B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A B.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A B, à Me Vergnole et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 28 août 2024.

Le juge des référés,

Signé,

Y. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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