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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2408425

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2408425

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2408425
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du 15 juillet 2024 du garde des sceaux prolongeant le placement à l'isolement de M. C au centre pénitentiaire de Lille-Loos-Sequedin. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, tirés de la méconnaissance des droits de la défense, de l'absence d'avis médical ou de l'erreur manifeste d'appréciation, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La condition d'urgence n'a pas été examinée en raison de l'absence de doute sérieux. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et du code pénitentiaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2024, M. A C, représenté par Me Raphaël Chiche, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 15 juillet 2024 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a ordonné la prolongation de son placement à l'isolement du 16 juillet au 16 octobre 2024 au sein du centre pénitentiaire de Lille-de Loos-Sequedin ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre pénitentiaire de Lille-Loos-Sequedin et au garde des sceaux, ministre de la justice de lever sans délai la mesure d'isolement dont il fait l'objet, sous astreinte de 5 000 euros par jour de retard à compter de vingt-quatre heures après la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- à titre liminaire, sa requête doit être examinée par une formation collégiale composée de trois juges des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative eu égard à la nature et à la sensibilité de l'affaire ; il ne pourra être recouru à la procédure dite de " tri " ;

- sa requête est recevable ;

- la condition d'urgence est présumée satisfaite s'agissant d'une prolongation d'isolement d'un détenu ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

' elle intervient en méconnaissance des droits de la défense et du droit à un procès équitable dès lors qu'il n'a pas été rendu destinataire de l'ensemble des pièces de la procédure sur lesquelles s'est fondé le ministre pour prolonger son isolement ;

' elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence d'avis médical sur l'opportunité de la prolongation de l'isolement ;

' elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 22 août, 2024, le garde des sceaux, ministre de ka justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas caractérisée, la décision de prolongation de placement à l'isolement a été prise compte tenu de circonstances particulières liées au profil du requérant et à la nécessité de préserver l'ordre public ;

- aucun des moyens soulevés n'est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu

- le code pénitentiaire ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Stefanczyk, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Lors de l'audience publique qui s'est tenue le 23 août 2024 à 9h30 en présence de M. Delforge, greffier, Mme Stefanczyk, juge des référés, a lu son rapport et :

- les observations de Me Gerault, substituant Me Chiche, représentant M. C, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;

- les observations de M. D et de Mme B représentants le garde des sceaux, ministre de la justice, qui concluent aux mêmes fins par les mêmes motifs que le mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée pour M. C par Me Chiche, a été enregistrée au greffe du tribunal le 27 août 2024 postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, écroué depuis le 1er septembre 2021, a fait l'objet, le 7 octobre 2021, d'une mesure de placement à l'isolement, laquelle a été régulièrement renouvelée. Par jugements des 14 mars et 4 avril 2024, le tribunal administratif de Toulon a annulé les décisions du garde des sceaux, ministre de la justice des 6 septembre et 11 octobre 2022 portant prolongation de l'isolement de l'intéressé pour la période du 6 septembre au 13 octobre 2022 et celle du 13 octobre 2022 au 13 janvier 2023 et l'a enjoint de lever toute mesure d'isolement d'office dont M. C faisait encore l'objet. Par une décision du 5 avril 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice a levé la mesure d'isolement d'office de l'intéressé qui lui était appliqué depuis le 12 juillet 2023. M. C a fait l'objet d'un placement à l'isolement provisoire le 7 avril 2024 par le directeur du centre pénitentiaire de Toulouse-Seysses puis a été transféré au centre pénitentiaire de Béziers. Par une décision du 11 avril 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice l'a maintenu à l'isolement du 11 avril jusqu'au 7 juillet 2024. A la suite de son transfert au centre pénitentiaire de Lille-Loos-Sequedin, le garde des sceaux, ministre de la justice a, par une décision du 15 juillet 2024, ordonné la prolongation de son placement à l'isolement du 16 juillet jusqu'au 16 octobre 2024. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. C n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

4. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision de prolongation à l'isolement de M. C prise le 15 juillet 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction.

Sur les frais du litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Copie sera transmise, pour information, au centre pénitentiaire de Lille-Loos-Sequedin.

Fait à Lille, le 5 septembre 2024.

La juge des référés,

signé

S. STEFANCZYK

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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