jeudi 29 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2408478 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 août 2024, Mme D A, représentée par Me Favrel, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la délibération du 11 juillet 2024 du jury de la 5ème année d'études en sciences odontologiques au sein du département facultaire d'odontologie-UFR3S de l'Université de Lille prononçant son ajournement aux épreuves d'admission en 6ème année au titre de l'année universitaire 2024-2025 ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 23 juillet 2024 de la présidente du jury rejetant le recours administratif formé contre cette délibération ;
3°) d'enjoindre à l'Université de Lille de lui permettre de s'inscrire en 6ème année ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Université de Lille le versement d'une somme de 2 000 euros, incluant les frais d'huissier, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie eu égard à la proximité de la rentrée universitaire le 29 août 2024 pour les étudiants de 6ème année ;
- le jury de délibération de la 1ère session a modifié, à titre dérogatoire, les modalités de contrôle des connaissances, en décidant que l'année était validée si les étudiants obtenaient une note supérieure ou égale à 10 à l'épreuve écrite et une moyenne inférieure à 13 à l'ECOS, à la condition qu'une moyenne de 13 soit atteinte dans au moins deux blocs (BCC) et une moyenne minimum de 10 dans un seul bloc ;
- cette règle dérogatoire appliquée au cours de la 1ère session aurait dû être appliquée pour la 2ème session, en application des dispositions de l'article 5.3.4.2. de la réglementation des études et modalités de contrôle des connaissances et compétences relatives au diplôme d'Etat de docteur en chirurgie dentaire ;
- par conséquent, alors que repassant les épreuves de BCC1 et de BCC2 en 2ème session, elle a obtenu une moyenne globale de 12 à l'ECOS, constituée par une moyenne de 10 au bloc BCC1 et de 14 au bloc BCC2, la décision est entachée d'une erreur de fait ;
- une rupture d'égalité résultant de faits de tricherie avérés et non sanctionnés a été commise à son détriment ainsi qu'à tous les étudiants qui, en première session, le 12 avril 2024, étaient convoqués le matin pour les six épreuves pratiques d'ECOS, dès lors que les scripts d'épreuves ont pu librement être communiqués, notamment par les internes chargés de la surveillance, aux étudiants qui passaient l'après-midi et qu'au cours du debriefing organisé par le corps enseignant, des fuites ont été admises ;
- elle a été victime d'une rupture d'égalité dès lors que l'application de la mesure dérogatoire a permis à de nombreux étudiants n'ayant pas satisfait aux critères de validation de l'article 5.3.4.1. de la réglementation, d'être admis ce qui n'a pas été son cas, faute d'avoir pu bénéficier de la même dérogation en 2ème session ;
- les étudiants n'ayant pas validé le BCC3 n'ont, à titre dérogatoire, pas eu à le repasser en 2ème session alors qu'elle-même l'avait validé en 1ère session et elle pouvait donc aussi prétendre à bénéficier d'une dérogation identique s'agissant du BCC1 ;
- la décision dérogatoire du jury est illégale comme méconnaissant les dispositions des articles L. 613-1 et L. 712-6 du code de l'éducation dès lors qu'aucun règlement n'a été adopté pour régulariser le choix de neutraliser l'épreuve BCC3 lequel n'avait aucune justification pédagogique ;
- la présidente du jury a reconnu que les notes des étudiants ont été révisées par les rédacteurs de sujets et ainsi, il est avéré que l'application de la réglementation s'est faite de manière arbitraire ;
- alors que des étudiants ont été admis en 6ème année avec une moyenne de 12 à l'ECOS en première session, elle a été ajournée en 2ème session avec une moyenne de 12 ce qui caractérise une rupture d'égalité ;
- une fuite semble avoir été constatée également au cours des épreuves de la 2ème session ;
- la décision rejetant son recours gracieux n'a pas fait l'objet d'un examen suffisamment sérieux en ce qu'elle n'évoque pas les allégations de tricherie ni les conditions de mise en œuvre de la dérogation.
Par un mémoire enregistré le 27 août 2024, l'Université de Lille, représentée par son président, conclut au rejet de la requête en toutes ses conclusions.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie du seul fait de la proximité de la rentrée universitaire ;
- contrairement à ce qui est soutenu, le jury n'a pas mis en œuvre une réglementation dérogatoire mais s'est borné à faire usage des pouvoirs qu'il tient des dispositions de l'article 1.3.8. de la réglementation applicable lui permettant souverainement de modifier ou suppléer chaque résultat et dans ces conditions, il n'était pas tenu de transposer à la 2ème session les correctifs mis en place lors de la 1ère session ;
- les suspicions de fraude dont fait état la requérante n'ont pas été avérées et au demeurant, il n'y a eu aucune différence entre les résultats du matin et ceux de l'après-midi, aucune défiance n'ayant en outre été exprimée par l'administration à l'égard des internes ;
- le jury a exercé son office souverain dans le respect du principe d'égalité entre étudiants d'une même session, les étudiants repassant en 2ème session n'étant nécessairement pas placés dans la même situation que ceux de la 1ère session ;
- aucune fraude ni aucune tricherie n'est davantage établie pour les épreuves de la 2ème session ;
- le moyen tiré de l'absence d'examen particulier de sa situation dans le cadre du recours gracieux est inopérant ;
-la demande d'injonction est irrecevable.
Vu :
- la requête n° 2480373 enregistrée le 7 août 2024 et tendant à l'annulation des décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- l'arrêté du 8 avril 2013 relatif au régime des études du premier et du deuxième cycle des études médicales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 août 2024 :
- le rapport de M. C ;
- les observations de Me Favrel, représentant Mme D A qui a repris le contenu de ses écritures en maintenant que le jury a mis en place une procédure d'évaluation dérogatoire et que les éléments produits permettent de regarder comme possibles voire plausibles les tricheries sans que les mesures de prévention des fuites de la part des internes aient été suffisantes ;
- les observations de M. B, représentant l'Université de Lille qui a repris le contenu de ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins de suspension :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge de référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. En l'état de l'instruction, aucun des moyens présentés par Mme A à l'appui de sa demande de suspension de l'exécution de la délibération du 11 juillet 2024 par laquelle le jury de la 5ème année d'études en sciences odontologiques au sein du département facultaire d'odontologie-UFR3S de l'Université de Lille a prononcé son ajournement aux épreuves d'admission en 6ème année au titre de l'année universitaire 2024-2025, n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de cette délibération ni, par suite, sur celle de la décision rejetant le recours gracieux formé contre cette dernière.
3. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions tendant à ce que soit ordonnée la suspension de l'exécution de la délibération du 11 juillet 2024 et, par suite, celle de la décision du 23 juillet 2024 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. La présente ordonnance de rejet n'implique aucune mesure d'exécution et par suite, les conclusions présentées par Mme A tendant à ce qu'il soit enjoint à l'Université de Lille de l'inscrire à titre provisoire, en 6ème année d'odontologie ou de réexaminer sa situation doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Université de Lille le versement à Mme A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A et à l'Université de Lille.
Fait à Lille, le 29 août 2024.
Le juge des référés,
signé
E. C
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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