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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2408622

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2408622

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2408622
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille a été saisi en référé-suspension par M. D, qui contestait la décision du préfet du Nord d'accorder le concours de la force publique pour son expulsion. Le juge a rejeté la requête, estimant que la condition d'urgence était certes remplie, mais qu'aucun des moyens soulevés n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. Il a notamment considéré que la procédure prévue par le code des procédures civiles d'exécution avait été respectée et que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle et familiale de l'intéressé. La décision s'appuie sur les articles L. 521-1 du code de justice administrative, L. 153-1 et suivants du code des procédures civiles d'exécution, ainsi que sur l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 août 2024, M. B D, représenté par Me Raphaël Ekwalla-Mathieu, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision en date du 26 février 2024 par laquelle le préfet du Nord a accordé à la société SIA Habitat le concours de la force publique, en exécution du jugement du tribunal judiciaire de Lille du 9 octobre 2020, afin de procéder à l'expulsion de son domicile.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors, d'une part, que l'exécution de la décision attaquée est de nature à le priver ainsi que ses enfants âgés de 14 ans et de 8 ans d'un logement et de son droit de visite et d'hébergement, d'autre part, qu'il est dans l'impossibilité de se reloger par ses propres moyens car il est sans emploi, sans ressources et en attente de régularisation de sa situation administrative, enfin, qu'il est dans l'attente d'une décision du juge de l'exécution sur sa demande de bénéficier d'un délai avant son expulsion ;

- que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors, que le préfet du Nord ne justifie pas, d'une part, que la saisine par l'huissier instrumentaire en vue d'obtenir le concours de la force publique pour procéder à son expulsion comprenait les documents requis par les articles L. 153-1, L. 153-2 et R. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution, d'autre part, que les diligences prévues par l'article L. 412-5 du même code auraient été accomplies ;

- que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, en ce que le préfet du Nord a omis de prendre en considération, d'une part, ses démarches pour se maintenir dans son logement et la circonstance qu'il a respecté l'échéancier prescrit par le jugement du 9 octobre 2020, d'autre part, sa situation financière précaire induite par la suppression de son compte en banque et de son impossibilité, indépendante de sa volonté, de quitter la République démocratique du Congo entre juillet 2023 et avril 2024 ;

- que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 27 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant ;

- que l'exécution de la décision attaquée est susceptible de créer un trouble à l'ordre public, compte tenu du nombre de sans abris à Lille et de la saturation du dispositif d'hébergement d'urgence.

.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, le préfet du Nord, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition liée à l'urgence est remplie ;

- que le moyen tiré du vice de procédure n'est pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, dès lors, d'une part, que l'huissier instrumentaire a transmis par voie électronique par l'intermédiaire du système d'information national Exploc le commandement de quitter les lieux et que la réquisition du concours de la force publique effectuée par l'huissier instrumentaire comprenait la copie du jugement du tribunal judiciaire de Lille du 9 octobre 2020, l'acte de signification du jugement, le commandement de quitter les lieux et sa signification ainsi que le procès-verbal de tentative d'expulsion, d'autre part, que l'huissier instrumentaire a transmis par voie électronique par l'intermédiaire du système d'information national Exploc le commandement de quitter les lieux au secrétariat de la commission de coordination des actions de prévention des expulsion (CCAPEX) et que M. D a été rendu destinataire de la lettre type l'informant de la possibilité de former un recours au titre du droit au logement opposable en application de l'article L. 412-5 du code des procédures civiles d'exécution ;

- que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, dès lors, d'une part, que cette décision n'est pas de nature à porter atteinte à la sauvegarde de l'ordre public et qu'il n'est survenu, dans la situation de M. D, aucune circonstance postérieure à la décision judiciaire d'expulsion pour considérer que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, d'autre part, que M. D, dont la dette s'élève désormais à la somme de 20 413,78 euros, n'a présenté aucune demande de logement social depuis le 30 avril 2021 ni effectué aucune démarche permettant de respecter les engagements pris et d'éviter l'expulsion.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relatives aux droits de l'enfant ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 septembre 2024 :

- le rapport de M. Huguen ;

- les observations de Me Ekwalla-Mathieu, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de Mme C A, pour le préfet du Nord, qui conclut aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

2. En l'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

3. M. B D, ressortissant congolais, né le 25 janvier 1976 à Pointe Noire (République démocratique du Congo), a été mis en possession d'une carte de résident d'une durée de dix ans à compter du 25 janvier 2014. Il a, le 3 juillet 2019, pris à bail un logement, sis au n° 7 de la rue de Courmont à Lille, appartenant à la société SIA Habitat. Par un jugement du 9 octobre 2020, signifié le 13 novembre 2020, le tribunal judiciaire de Lille, sur l'assignation du bailleur, a, d'une part, condamné M. D à payer la somme de 4 345,43 euros correspondant à l'arriéré locatif à la date du 16 juin 2020 par des versements mensuels de 100 euros, d'autre part, suspendu les effets de la clause résolutoire pour défaut de paiement du loyer et des charges figurant au bail pendant le délai de remboursement, enfin, dit qu'en cas de non-paiement d'une seule des mensualités, l'intégralité de la somme restant due deviendrait immédiatement exigible et la clause résolutoire automatiquement acquise à compter de la date de la première des mensualités impayées et que M. D, à défaut d'avoir quitté les lieux dans les deux mois suivant le commandement de délaisser, pourrait être expulsé, si besoin était, avec le concours de la force publique. Par des actes d'huissier datés des 30 avril 2021 et 5 novembre 2021, M. D a été rendu destinataire, par le bailleur, de commandements de quitter les lieux. Le 20 octobre 2023, un huissier de justice s'est présenté au domicile de M. D, dont la porte est restée close, pour procéder à son expulsion. Le 30 octobre 2023, la société SIA Habitat a demandé au préfet le concours de la force publique. Par une décision en date du 26 février 2024, le préfet du Nord a fait droit à la demande de la SIA Habitat et lui a accordé ce concours pour procéder, en exécution du jugement du tribunal judiciaire de Lille du 9 octobre 2020, à l'expulsion de M. D de son domicile. M. D demande au juge des référés la suspension de l'exécution de cette décision du 26 février 2024.

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

5. En l'état de l'instruction, les moyens susvisés invoqués par M. D à l'appui de sa demande de suspension de la décision attaquée ne sont pas propres à créer un doute sérieux sur la légalité de ladite décision. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, qui, au demeurant, n'est pas contestée par le préfet du Nord, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête de M. D tendant à la suspension de l'exécution de la décision attaquée et, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, à Me Raphaël Ekwalla-Mathieu, au préfet du Nord et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Lille, le 12 septembre 2024.

Le juge des référés,

Signé,

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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