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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2408665

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2408665

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2408665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du préfet du Pas-de-Calais refusant la délivrance d'un passeport biométrique à M. A. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, le requérant ne démontrant pas l'impossibilité de voyager avec ses documents sénégalais, et qu'aucun moyen sérieux n'était de nature à créer un doute sur la légalité de la décision. La requête a été rejetée dans son intégralité, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 août 2024 et le 2 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Teffo, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 3 juin 2024 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un passeport biométrique ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais ou à tout préfet territorialement compétent de lui délivrer le passeport biométrique sollicité, sous astreinte de 100 euros par jour de retard

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition relative à l'urgence est remplie, dès lors que l'absence d'un passeport empêche ses déplacements hors de l'espace Schengen, nécessaires à la conduite de ses affaires ;

- la condition relative au doute sérieux sur la légalité de la décision est également remplie dès lors que cette décision est entachée d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2024, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'urgence n'est pas établie, dès lors que le requérant ne démontre pas qu'il ne peut pas voyager avec ses documents sénégalais et qu'aucun moyen sérieux n'est de nature à justifier la suspension de sa décision.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer

sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 septembre 2024 à 10h15, à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de M. Perrin, juge des référés,

- les observations de Me Teffo représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et qui fait valoir que ses moyens sont également dirigés contre la décision du 2 avril 2024 et qu'aucun des éléments produits par le préfet ne permet d'établir la fraude,

- le préfet du Pas-de-Calais n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. M. A, a sollicité, le 10 janvier 2024, la délivrance d'un passeport biométrique. Il résulte des pièces produites par le préfet du Pas-de-Calais que cette demande a été rejetée par une décision du 2 avril 2024. M. A a formé, le 18 avril 2024, un recours gracieux. Par décision du 3 juin 2024, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté ce recours gracieux. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision du 3 juin 2024.

Sur la demande de suspension :

En ce qui concerne l'étendue du litige :

3. Lorsque le requérant a formé un recours gracieux ou hiérarchique et exerce un recours contentieux consécutivement à son rejet, il appartient au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux ou hiérarchique, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet de ce recours administratif, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

4. Il résulte de ce qui précède que M. A doit être considéré comme demandant la suspension de la décision du 2 avril 2024, objet de son recours gracieux rejeté par la décision du 3 juin 2024.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision en litige :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. " et aux termes de l'article 5 du même texte : " I. En cas de première demande, le passeport est délivré sur production par le demandeur : / 1° De sa carte nationale d'identité comportant une zone de lecture automatique, valide ou périmée depuis moins de cinq ans à la date de la demande ; en pareil cas, sans préjudice, le cas échéant, de la vérification des informations produites à l'appui de la demande de cet ancien titre, le demandeur est dispensé d'avoir à justifier de son état civil et de sa nationalité française ; / 2° Ou de sa carte nationale d'identité ne comportant pas de zone de lecture automatique, valide ou périmée depuis moins de deux ans à la date de la demande ; en pareil cas, sans préjudice, le cas échéant, de la vérification des informations produites à l'appui de la demande de cet ancien titre, le demandeur est dispensé d'avoir à justifier de son état civil et de sa nationalité française ; / 3° Ou d'un passeport d'un autre type délivré en application des articles 4 à 17 du présent décret, valide ou périmé depuis moins de cinq ans à la date de la demande ; en pareil cas, sans préjudice, le cas échéant, de la vérification des informations produites à l'appui de la demande de cet ancien titre, le demandeur est dispensé d'avoir à justifier de son état civil et de sa nationalité française ; / 4° Ou à défaut de produire l'un des titres mentionnés aux alinéas précédents, de son extrait d'acte de naissance de moins de trois mois, comportant l'indication de sa filiation ou, lorsque cet extrait ne peut pas être produit, de la copie intégrale de son acte de mariage. / Lorsque la nationalité française ne ressort pas des pièces mentionnées aux alinéas précédents, elle peut être justifiée dans les conditions prévues au II. / II. La preuve de la nationalité française du demandeur peut être établie à partir de l'extrait d'acte de naissance mentionné au 4° du I portant en marge l'une des mentions prévues aux articles 28 et 28-1 du code civil. / Lorsque l'extrait d'acte de naissance mentionné au précédent alinéa ne suffit pas à établir la nationalité française du demandeur, le passeport est délivré sur production de l'une des pièces justificatives mentionnées aux articles 34 ou 52 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 modifié relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française. / Lorsque les documents mentionnés aux alinéas précédents ne suffisent pas à établir sa nationalité française, le demandeur peut justifier d'une possession d'état de Français de plus de dix ans. / Lorsque le demandeur ne peut produire aucune des pièces prévues aux alinéas précédents afin d'établir sa qualité de Français, celle-ci peut être établie par la production d'un certificat de nationalité française. ". Enfin, aux termes de l'article 6 du même texte : " Le demandeur justifie de son domicile ou de sa résidence par tous moyens, notamment par la production d'un titre de propriété, d'un certificat d'imposition ou de non-imposition, d'une quittance de loyer, de gaz, d'électricité, de téléphone ou d'une attestation d'assurance du logement. / Le demandeur qui n'a pas la possibilité d'apporter la preuve d'un domicile ou d'une résidence fournit une attestation d'élection de domicile dans les conditions fixées à l'article L. 264-2 du code de l'action sociale et des familles. "

6. Pour l'application des dispositions citées au point précédent, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de passeport sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de passeport.

7. Par ailleurs, si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas dans le cadre de l'examen d'une demande d'une carte nationale d'identité ou d'un passeport.

8. Par un courrier du 2 avril 2024, le préfet du Pas-de-Calais a refusé à M. A la délivrance d'un passeport au motif que le justificatif présenté pour l'obtention du certificat de nationalité française était un faux document et que par conséquent sa demande de titre était frauduleuse. M. A produit le certificat de nationalité française établi le 15 novembre 2023 par le directeur des services de greffe judiciaire du tribunal de Besançon. Il produit également sa carte nationale d'identité française sécurisée établie le 29 décembre 2023 ainsi qu'une copie de son acte de naissance avec filiation. Il résulte des pièces produites en défense que deux demandes de titre ont été enregistrées sous le nom, le prénom du requérant et sa date de naissance, l'une à Roubaix le 10 janvier 2024 et l'autre à Paris, 14ème arrondissement le 23 mars suivant, les deux ayant été rejetées. Il résulte également de ces pièces qu'une autre personne ayant demandé un titre français à la suite de l'obtention d'un certificat de nationalité française fait état de la même paternité que le requérant. La veuve de la personne désignée comme le père du requérant dans les actes qu'il produits, a été entendue par procès-verbal par le consul de France à Dakar. Elle a indiqué de manière précise l'identité des enfants de son mari, tant ceux issus de son mariage que ceux issus de précédentes unions. Ni le requérant, ni non plus l'autre personne qui revendique la même paternité ne sont mentionnés à ce titre. Si le requérant fait valoir que la personne entendue n'était mariée que depuis 2006 avec celui qui est présenté comme le père du requérant, cette objection ne suffit pas à remettre en cause son témoignage. La carte d'identité délivrée au requérant fait l'objet d'une procédure de retrait et le préfet du Pas-de-Calais a également demandé qu'une procédure de retrait du certificat de nationalité française soit diligentée.

9. Si le certificat de nationalité française de M. A ne peut être remis en cause que par une procédure judiciaire et si le préfet ne produit pas d'autres éléments que ceux exposés précédemment, il appartient au préfet en cas de doute suffisant sur l'existence d'une fraude de faire échec à celle-ci et de refuser, sous le contrôle du juge administratif, la délivrance du passeport. Dans ces conditions, compte tenu des éléments cités précédemment, les moyens tirés de l'erreur de fait, de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation ne sont pas, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision refusant à M. A la délivrance d'un passeport sont rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Pas-de-Calais

Lille, le 10 septembre 2024.

Le juge des référés,

Signé,

D. PERRIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2408665

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