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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2408813

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2408813

lundi 2 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2408813
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Lille concerne une demande de suspension de la décision du ministre de l'intérieur invalidant le permis de conduire de M. A pour solde de points nul, ainsi que les retraits de points sous-jacents. Le juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, rejette la requête. Il estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, car si M. A invoque la nécessité de son permis pour son activité professionnelle d'ingénieur d'affaires, il n'apporte pas de justifications suffisantes sur l'atteinte grave et immédiate à sa situation, et l'intérêt public lié à la sécurité routière doit être pris en compte. La solution retenue est donc le rejet de la demande de suspension.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 août 2024, M. B A, représenté par Me Gabin Migliore, demande au juge des référés, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision 48 SI du 27 juin 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer, après avoir retiré trois points à son permis de conduire pour une infraction relevée le 10 août 2023, a constaté l'invalidation de ce permis pour solde de points nul ainsi que les décisions de retraits de points consécutives aux infractions des 11 mars 2022 à 11h39, 8 novembre 2021 à 19h17 et 10 août 2023 à 17h20 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer son permis de conduire sans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à défaut, de lui délivrer un permis de conduire " spécial " lui permettant d'exercer son activité professionnelle dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la détention du permis de conduire est indispensable pour son activité professionnelle ; ses fonctions d'ingénieur d'affaires au sein de la société Davidson l'amènent à effectuer des déplacements extérieurs ; l'invalidation de son permis de conduite l'expose à un licenciement ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

' elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

' elle est entachée d'un défaut de motivation ;

' elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi qu'il ait bénéficié de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route dans le cadre de l'ensemble des infractions reprochées mais également de l'information du retrait effectif des points de son permis de conduire, ce qui l'a privé de garanties ; l'absence de notification

des décisions successives de retrait de point dans les meilleurs délais viole le principe de sécurité juridique en l'absence d'information sur le retrait effectif des points en temps utile ; il a été privé de la possibilité de solliciter la reconstitution du nombre de points en l'absence d'information en temps utile sur le retrait effectif de points ;

' elle méconnait les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration en l'absence d'information sur le retrait effectif de points en temps utile ;

' les décisions de retraits de points sont intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le ministre n'apporte pas la preuve de la notification effective de la perte de points concernant les infractions des 11 mars 2022, du 8 novembre 2021 et du 10 août 2023 et ne démontre pas qu'il a bénéficié des informations obligatoires à l'occasion de la commission de ces infractions ;

' la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route en l'absence d'établissement de la réalité des infractions.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Stefanczyk, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public et notamment, s'agissant d'une décision de suspension d'un permis de conduire, des exigences liées à la protection de la sécurité routière.

3. Pour justifier l'urgence qui s'attache, selon lui, à suspendre l'exécution de la décision prononçant l'invalidation de son permis de conduire et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des, 8 novembre 2021, 11 mars 2022 et 10 août 2023, M. A soutient que celle-ci fait obstacle à la poursuite de son activité professionnelle d'ingénieur d'affaires au sein de la société Davidson qui l'amène a effectuer des déplacements professionnels avec un véhicule mis à sa disposition, le prive de revenu et affecte sa carrière professionnelle. Il résulte toutefois de l'instruction que la décision 48 SI en litige répond à des exigences de protection et de sécurité routière eu égard à la gravité des infractions commises, par le requérant, le 8 novembre 2021 pour excès de vitesse inférieur à 20 km/h avec vitesse autorisée supérieure ou égal à 50 km/h, et le 11 mars 2022 ainsi que le 10 août 2023 pour usage d'un téléphone au volant, ayant entrainé pour la première infraction le retrait de 1 point sur son permis de conduire et pour les deux autres infractions un retrait de 3 points alors qu'il ne disposait que d'un permis probatoire affecté d'un capital de 6 points obtenu le 22 juin 2021. Dès lors, et quelle que soit la gêne qui en résulte pour l'intéressé et les conséquences professionnelles ou personnelles résultant de la perte de validité de son permis, les exigences qui s'attachent à l'intérêt public de la sécurité routière font obstacle à ce que la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, soit en l'espèce regardée comme remplie.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que l'ensemble des conclusions de la requête de M. A doivent être rejetées en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Lille, le 2 septembre 2024.

La juge des référés,

signé

S. STEFANCZYK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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