jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2408865 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 août 2024, Mme D A épouse B, représentée par Me Ance Kioungou, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans le délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la carence du préfet porte une atteinte grave et immédiate à sa situation personnelle, en ce qu'elle ne peut, depuis le 12 juillet 2024, justifier de la régularité de son séjour en France ni, par voie de conséquence, poursuivre l'exécution de son contrat de travail, disposer de revenus suffisants pour subvenir à ses besoins et pouvoir voyager en dehors du territoire français ;
- la condition de l'utilité de la mesure sollicitée est remplie, dès lors qu'elle aura une incidence immédiate sur sa situation de précarité administrative et socio-professionnelle ;
- la condition de l'absence d'obstacle à l'exécution d'une décision administrative est remplie, dès lors que la décision du juge des référés d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé ne saurait faire obstacle à aucune décision administrative.
La présente requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
.
Vu :
- les pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
2. Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référés régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celles refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
3. Mme D A épouse B, ressortissante algérienne, née le 15 juin 1993 à Ouled-Djella (République algérienne démocratique et populaire) a, en Algérie, contracté mariage avec M. C B, ressortissant français, le 30 mai 2022. Mme A, qui est entrée en France le 24 janvier 2023 pour y rejoindre son époux, a été mise en possession d'un certificat de résidence algérien valable du 13 juillet 2023 au 12 juillet 2024. Mme A a, le 7 mai 2024, sollicité le renouvellement de son certificat de résidence. Mais le préfet du Nord ne lui a pas délivré le récépissé prévu par l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A, en dépit de ses tentatives de joindre les services de la préfecture du Nord, n'a pas davantage été rendue destinataire d'une attestation de prolongation du délai d'instruction de sa demande de renouvellement de son certificat de résidence. Mme A demande au juge des référés d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le récépissé de sa demande de renouvellement de certificat de résidence.
4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France, et dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Il appartient au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement de titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir la mesure sollicitée.
5. D'une part, il est constant que Mme A a, le 7 mai 2024, antérieurement à l'expiration de la validité de son certificat de résidence algérien, sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Il est constant, également, que le préfet du Nord n'a pas délivré à Mme A le récépissé de sa demande de renouvellement de certificat de résidence, ce qui a pour effet, depuis le 12 juillet 2024, que l'intéressée est dans l'incapacité de justifier de la régularité de son séjour en France, de poursuivre l'exécution de son contrat de travail, de disposer de revenus suffisants pour subvenir à ses besoins et de pouvoir voyager en dehors du territoire français. Le préfet du Nord, qui n'a pas produit d'observations, ne renverse pas la présomption de l'urgence qui s'attache au cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dès lors, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.
6. D'autre part, il est constant que, à la date de la présente ordonnance, le préfet du Nord, qui ne conteste pas que le dossier de demande de renouvellement de certificat de résidence de Mme A était complet, n'a pas statué sur cette demande. Dans ces conditions, la demande de Mme A, qui présente un caractère d'utilité, ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer à Mme A le récépissé de demande de titre de séjour prévu par les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement de la somme de 800 euros à Mme A sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme A le récépissé de demande de titre de séjour prévu par les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance
Article 2 : l'Etat versera à Mme A la somme de huit cents (800) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A épouse B, à Me Ance Kioungou, au préfet du Nord et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Lille, le 12 septembre 2024.
Le juge des référés,
signé
O. HUGUEN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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