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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409114

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409114

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a examiné le recours de M. B, ressortissant soudanais, contre un arrêté préfectoral du 1er septembre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le Soudan comme pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence du signataire, du défaut de motivation, de la violation du droit d'être entendu, de l'erreur de droit concernant la demande d'asile, et de la méconnaissance des articles 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant la légalité des décisions attaquées sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2024, M. D B, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2024 du préfet du Pas-de-Calais en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder au réexamen de sa situation.

Il soutient que :

Sur le moyen commun aux décisions en litige :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté attaqué dispose d'une délégation de signature régulière ;

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations avant son édiction, en méconnaissance de son droit d'être entendu tel qu'issu du principe général du droit de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il a exprimé, devant les services de police, sa volonté de déposer une demande d'asile et qu'il n'a pas été mis à même de présenter cette demande ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui est elle-même illégale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 20 novembre 1989 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Denys, conseillère, en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 6 septembre 2024 à 13h30, Mme Denys :

- a présenté son rapport ;

- a entendu les observations de Me Schryve, représentant M. B, qui confirme les écritures présentées et soutient, en outre, d'une part, que la décision portant obligation de quitter le territoire n'a pas été précédée d'une vérification de son droit au séjour, qu'elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation et qu'il n'est pas établi que sa demande d'asile ait été rejetée, et d'autre part, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- a entendu les observations de M. B assisté de Mme A, interprète assermentée en langue arabe ;

- a entendu les observations de Me EL Hassaad, représentant le préfet du Pas-de-Calais ;

- et a prononcé la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant soudanais né le 1er janvier 1999, est irrégulièrement entré en France en août 2020, selon ses déclarations. Par un arrêté du 1er septembre 2024, le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le Soudan comme pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a placé en rétention administrative pour une durée de quatre jours. M. B demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation. Il résulte de leurs termes mêmes que l'intérêt supérieur de l'enfant doit être apprécié en tant que tel, indépendamment de toutes autres considérations telles que, notamment, celles liées à l'ordre public.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est père d'un enfant, de nationalité française, né le 29 août 2022. Si la stabilité de la relation amoureuse qu'il soutient entretenir avec la mère de sa fille ne ressort pas des pièces du dossier, cette dernière a spontanément fait état, lors de son audition par les services de police, le 1er septembre 2024, de la proximité entre l'intéressé et son enfant. Par ailleurs, M. B établit contribuer activement à l'éducation de sa fille, depuis sa naissance, par la production de nombreuses photographies, d'attestations de proches qui font état des loisirs qu'il partage avec elle, ainsi que de celle de la responsable de la crèche dans laquelle elle est inscrit, qui indique que l'intéressé l'accompagne régulièrement aux fins de se rendre dans cette structure. Enfin, il ressort des tickets de caisses produits à l'instance que M. B, dont les seules ressources proviennent d'associations, contribue à l'entretien de celle-ci à hauteur de ses facultés. Il s'ensuit que, eu égard aux conséquences d'une mesure d'éloignement sur la relation, établie par les pièces du dossier, qu'entretient l'intéressé et son enfant, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet du Pas-de-Calais porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant et méconnait, ainsi, les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à solliciter l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée, le 1er septembre 2024, à son encontre. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du même jour par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que M. B soit muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de réexaminer la situation de l'intéressé dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction du prononcé d'une astreinte.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 1er septembre 2024 du préfet du Pas-de-Calais en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel M. B est susceptible d'être reconduit d'office et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Pas-de-Calais de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Shryve et au préfet du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

A. DENYSLa greffière,

Signé :

O. MONGET

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2409114

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