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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409123

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409123

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409123
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en référé, a examiné la demande de Mme A, ressortissante arménienne, visant à suspendre la décision implicite de rejet du préfet du Nord concernant ses demandes de titre de séjour. La requérante invoquait notamment une erreur d'appréciation au regard des articles L. 426-17, L. 423-23, L. 435-1 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le juge des référés a admis Mme A au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais la procédure s'inscrit dans le cadre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, relatif à la suspension d'une décision administrative en cas d'urgence et de doute sérieux sur sa légalité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Marseille, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté ses demandes de titre de séjour du 15 avril 2024 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa demande dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Marseille, avocate de Mme A, de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d'octroi de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement la même somme au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence doit être présumée, et elle se trouve dans une situation financière précaire et s'est vu reconnaître un taux d'incapacité égal ou supérieur à 80 % ;

- la décision de refus de délivrance d'une carte de résident de longue durée-UE :

- est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision de refus de délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle :

- doit être regardée comme entachée d'un vice de procédure faute de démonstration de consultation du collège de médecins de l'OFII ;

- est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un défaut d'examen ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision de refus de délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle :

- est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1 et L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- la requête enregistrée le 3 septembre 2024 sous le n° 2409122 par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Terme, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en matière de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience, M. Terme a lu son rapport et entendu les observations de Me Marseille, représentant Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante arménienne née le 23 septembre 1962, est entrée en France le 21 mai 2014 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 16 mai 2014 au 30 mai 2014. Elle a bénéficié d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " pour raisons de santé valable du 3 mai 2016 au 2 mai 2017, renouvelée jusqu'au 1er février 2022. Par une décision n° 2303907 du 5 juin 2023, le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de l'arrêté du 3 mars 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de renouveler sa carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " pour raison de santé, a refusé de lui délivrer une carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE ", et a refusé de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour et Mme A a été mise en possession d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " valable du 13 juillet 2023 au 12 juillet 2024. Mme A demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande du 15 avril 2024 par laquelle elle a sollicité la délivrance d'une carte de résident mention " résident longue durée-UE " ou la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale " ou la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ".

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. Le préfet du Nord ne fait état d'aucune circonstance susceptible de renverser la présomption mentionnée au point 4. La condition d'urgence doit donc être regardée comme remplie.

6. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer la demande de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce réexamen. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Mme A étant admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Marseille, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Marseille de la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A, la somme de 1 200 euros sera versée à Mme A.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté les demandes de Mme A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de réexaminer la demande de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce réexamen.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Marseille renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Marseille une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à Mme A.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Marseille et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 25 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

D. TERME

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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