vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2409192 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP E. FORGEOIS & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 septembre 2024, les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex, représentées par Me Hamri, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 17 août 2024 par lequel le maire de la commune de Trith-Saint-Léger a rejeté le recours gracieux contre la décision tacite de rejet née le 21 mai 2024 par laquelle la ville s'est opposée à la demande de raccordement électrique de la construction, objet de la déclaration préalable ayant fait l'objet d'une décision de non opposition du 2 juin 2020 ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Trith-Saint-Léger de leur délivrer cette autorisation ou, à défaut de procéder à une nouvelle instruction de la demande de raccordement électrique, le tout dans un délai de 8 jours sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune le versement d'une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
En ce qui concerne la condition d'urgence :
- l'urgence est établie compte tenu de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire par le réseau de téléphonie mobile et leur intérêt propre ; elles doivent en effet répondre à un cahier des charges fixé par l'Etat et le site projeté pour l'implantation d'une nouvelle antenne relais qui permettra de combler un trou de couverture et d'améliorer la couverture existante pour un réseau saturé ;
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision en litige :
- la décision en litige est entachée d'un défaut de base légale et d'erreur de droit ;
- elle est également entachée de détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2024 à 9h49, la commune de Trith-Saint-Léger, représentée par Me Forgeois, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les sociétés requérantes n'ont pas intérêt à agir et que les conditions de suspension posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne sont pas remplies
Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 septembre 2024 à 10h30 :
- le rapport de M. Perrin, juge des référés ;
- les observations de Me Miloux substituant Me Hamri, représentant les sociétés requérantes, qui reprend les faits, conclusions et moyens de sa requête ;
- les observations de Me Forgeois représentant la commune défenderesse.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La société Cellnex liée par un contrat de mandat à la société Bouygues Télécom, a déposé le 19 juillet 2019, une déclaration préalable en vue de l'installation d'une antenne relais de téléphonie mobile sur un terrain situé chemin du halage, sur le territoire de la commune de Trith-Saint-Léger. Par un arrêté du 21 novembre 2019, le maire de cette commune s'est opposé à la réalisation de ces travaux. Par une ordonnance du 21 février 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a suspendu l'exécution de cette décision et a enjoint au maire de Trith-Saint-Léger de réexaminer la déclaration préalable de la société Cellnex. Une décision tacite de non opposition est née le 2 juin 2020 à la suite de la demande de réinstruction formulée par la société Cellnex le 3 mars 2020. La société Enedis, gestionnaire du réseau électrique a demandé, le 21 mars 2024 à la commune de Trith-Saint-Léger un arrêté de police de la circulation pour réaliser les travaux de raccordement de l'installation de la société Cellnex au réseau électrique. Le 17 juin 2024, les sociétés requérantes ont formé un recours gracieux contre la décision implicite de rejet née le 21 mai 2024 du silence gardé sur cette demande. Par la présente requête, les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet de la demande d'arrêté de circulation et de la décision implicite de rejet du recours gracieux contre cette décision.
Sur l'intérêt à agir des sociétés requérantes :
2. Le refus du maire de prendre un arrêté autorisant la société Enedis à réaliser des travaux sur la voie publique lèsent directement l'intérêt des sociétés requérantes dès lors qu'il n'est pas contesté que ce refus ne permet pas le raccordement électrique de l'antenne relais réalisé par la société Cellnex pour le compte de la société Bouygues. Ces sociétés sont donc recevables à contester ce refus.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Pour apprécier la satisfaction de la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative pour suspendre l'exécution d'une décision s'opposant à des travaux de réalisation d'une antenne relais, il y a lieu de prendre en compte l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile tant 3G que 4G et la finalité de l'infrastructure projetée, qui a vocation à être exploitée par au moins un opérateur ayant souscrit des engagements avec l'État et dont le réseau ne couvre que partiellement le territoire de la commune
5. Les sociétés requérantes établissent, par la production de cartes de couverture précises du réseau de téléphonie mobile de Bouygues Télécom, que le territoire de la commune de Trith-Saint-Léger présente un déficit de couverture par le réseau 4G de téléphonie mobile propre à cet opérateur hors itinérance qui concerne selon les requérantes 1120 habitants. La teneur et la fiabilité de ces éléments ne sont pas remis en cause par les seules cartes plus générales produites en défense. Eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, ainsi qu'aux intérêts propres de la société Bouygues Télécom et de son partenaire la société Cellnex, qui ont pris des engagements vis-à-vis de l'Etat quant à la couverture du territoire métropolitain et de la population par leur réseau et à la circonstance que le territoire de la commune de Trith-Saint-Léger n'est que partiellement couvert par ce réseau, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées :
6. D'une part aux termes de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et l'ensemble des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation. A l'extérieur des agglomérations, le maire exerce également la police de la circulation sur les voies du domaine public routier communal et du domaine public routier intercommunal, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation. / ( ) ". D'autre part, aux termes de l'article L. 111-2 du code de l'urbanisme : " Les bâtiments, locaux ou installations soumis aux dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-4 ou L. 510-1, ne peuvent, nonobstant toutes clauses contractuelles contraires, être raccordés définitivement aux réseaux d'électricité, d'eau, de gaz ou de téléphone si leur construction ou leur transformation n'a pas été, selon le cas, autorisée ou agréée en vertu de ces dispositions. ". Les travaux de réalisation de l'antenne relais par la société Cellnex ont fait l'objet d'une non opposition tacite à déclaration préalable, née le 2 juin 2020. Il n'est pas sérieusement contesté, ainsi qu'il a été dit, que le refus opposé à la société Enedis de réaliser des travaux sur la voie publique empêche le raccordement de cette antenne au réseau électrique. La demande de règlementation de la circulation se limitait à la mise en place d'une circulation par feux alternées pendant une durée de trente jours. La commune en défense n'apporte aucun élément justifiant que le maire au titre de son pouvoir de police de la circulation interdise ces travaux.
7. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de droit et du détournement de pouvoir paraissent, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité du refus opposé à la prise d'un arrêté de police de circulation permettant la réalisation sur la voie publique de travaux assurant le raccordement de l'antenne relais des sociétés requérantes.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions d'application de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision implicite née le 21 mai 2024 par laquelle le maire de Trith-Saint-Léger a refusé de prendre un arrêté au titre de la police de la circulation permettant la réalisation sur la voie publique de travaux assurant le raccordement au réseau électrique d'une station relais de téléphone mobile sur un terrain situé chemin du halage sur le territoire communal. Il y a lieu également de suspendre la décision rejetant le recours gracieux des sociétés requérantes contre cette décision
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Trith-Saint-Léger de procéder au réexamen de la demande d'arrêté au titre de la police de la circulation déposée le 21 mars 2024 pour des travaux sur la voie publique au chemin du halage, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 300 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Trith-Saint-Léger le versement aux sociétés Bouygues Télécom et Cellnex de la somme globale de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de rejeter la demande présentée au même titre par la commune de Trith-Saint-Léger.
O R D O N N E :
Article 1er: L'exécution de la décision implicite par laquelle le maire de Trith-Saint-Léger a refusé de prendre un arrêté au titre de la police de la circulation et celle de la décision implicite rejetant le recours gracieux contre ce refus sont suspendues jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Trith-Saint-Léger de procéder au réexamen de la demande déposée le 21 mars 2024 tendant à la règlementation de la circulation pour des travaux sur le chemin du halage, dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard.
Article 3 : La commune de Trith-Saint-Léger versera aux sociétés Bouygues Télécom et Cellnex une somme totale de huit cents (800) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Trith-Saint-Léger au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée aux sociétés Bouygues Télécom et Cellnex et à la commune de Trith-Saint-Léger.
Lille, le 4 octobre 2024.
Le juge des référés,
signé
D. PERRIN
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026