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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409300

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409300

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409300
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDANSET-VERGOTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire, enregistrées les 7 septembre et 2 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

2°) d'annuler la décision du 27 août 2024 par laquelle le préfet de l'Aisne l'a assignée à résidence dans l'arrondissement de Laon, où elle réside à Tergnier, pour une durée de 45 jours ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son avocate, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- a méconnu son droit d'être entendu ;

- contrevient aux dispositions des articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- souffre d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- est fondée sur une mesure d'éloignement qui est elle-même illégale ;

- et est empreinte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2024, le préfet de l'Aisne a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Larue en application des articles L. 732-8, L. 921-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante gabonaise née le 27 juillet 1993, déclare être entrée irrégulièrement en France le 3 octobre 2023, elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français à destination du Gabon. Le 27 août 2024, le préfet de l'Aisne a ordonné qu'elle soit assignée à résidence à son domicile à Tergnier, dans l'arrondissement de Laon, pour une durée de 45 jours. Par la présente requête, Mme B sollicite l'annulation de cette dernière décision.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre, à titre provisoire, Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, le préfet de l'Aisne énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision, en mentionnant que Mme B a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, qu'elle ne peut toutefois quitter immédiatement le territoire français puisqu'elle n'a pas remis de titre d'identité ou de voyage en cours de validité à l'administration mais que son éloignement demeure néanmoins une perspective raisonnable puisqu'elle a justifié d'une adresse stable et en faisant application des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli.

4. En deuxième lieu, si Mme B se borne à soutenir que son droit d'être entendue aurait été méconnu, elle ne se prévaut à l'audience ou dans son recours, d'aucun élément qui aurait été de nature à modifier le sens de la décision attaquée. Ce moyen doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour. / () ". Aux termes de l'article R. 732-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ". Il résulte de ces dispositions que la remise du formulaire doit s'effectuer au moment de la notification de la décision d'assignation à résidence ou, au plus tard, lors de la première présentation de l'étranger aux services de police ou de gendarmerie. S'agissant d'une formalité postérieure à l'édiction de la décision d'assignation à résidence, l'absence de remise du formulaire est donc sans incidence sur la légalité de cette décision. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information doit être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la décision attaquée, que le préfet de l'Aisne n'aurait pas procédé à un examen sérieux du dossier de Mme B. En effet Mme B ne fait état d'aucune circonstance ayant une incidence sur le sérieux de l'examen opéré par le préfet de l'Aisne, lequel l'a assigné à résidence à son domicile à Tergnier, dans l'arrondissement de Laon, pour une durée de 45 jours et a prescrit sa présence à son domicile de 9 à 11h et sa présentation au commissariat de police de Tergnier les mardi et vendredi à 14h, Mme B n'alléguant pas même ne pas pouvoir déférer à ces obligations. Ce moyen doit donc être écarté.

7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du jugement n° 2303856 du 22 décembre 2023 du Tribunal administratif d'Amiens et de l'ordonnance de la Cour administrative d'appel de Douai du 30 mai 2024, laquelle est revêtue de l'autorité de la chose jugée, que la mesure d'éloignement prise à l'encontre de la requérantele 3 octobre 2023 n'est pas entachée d'irrégularité. Il suit de là que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. En dernier lieu, Mme B n'établit pas en quoi, la décision attaquée, qui a seulement pour effet de limiter ses déplacements à l'arrondissement de Laon, d'imposer sa présence à son domicile de 9 à 11h tous les jours et de l'obliger à se présenter au commissariat de police de Tergnier, tous les mardi et vendredi à 14 heures, serait empreinte d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. A cet égard, si elle établit poursuivre une scolarité à l'école polytechnique des Hauts de France, elle n'établit pas que son emploi du temps rendrait impossible le respect de ses obligations de pointage. Ce moyen doit donc être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B, à fin d'annulation de l'assignation à résidence prise à son encontre ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Danset-Vergoten et au préfet de l'Aisne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

X. LARUE

La greffière,

Signé :

N. CARPENTIER

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2409300

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