mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2409344 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MBARGA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 6 septembre et 2 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Mbarga, demande au tribunal d'annuler la décision implicite du 4 septembre 2024 par laquelle le préfet du Nord l'a, de nouveau, obligé à quitter le territoire français en procédant à son placement au local de rétention administrative de Tourcoing.
Il soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application des articles L. 614-2, L. 921-2 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;
- les observations de Me Mbarga, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Hau, représentant le préfet du Nord qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable en tant qu'elle est dépourvue d'objet et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- et les observations de M. A qui a répondu en français aux questions qui lui ont été posées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant camerounais né le 3 juin 1984 déclare être entré irrégulièrement en France en janvier 2021. Le 16 juin 2023, il a fait l'objet, d'une part, d'une obligation de quitter sans délai le territoire français à destination du Cameroun assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, d'une décision d'assignation à résidence à son domicile à Roubaix, dans l'arrondissement de Lille, pour une durée de 45 jours. Le 3 septembre 2024, il a été interpellé à l'occasion d'un contrôle d'identité opéré sur la Grand place de Roubaix à 14h50. N'étant pas à même de justifier de son droit à circuler ou séjourner en France, M. A a fait l'objet d'une mesure de retenue administrative aux fins de vérification de ce droit. Après qu'il est apparu qu'il avait fait l'objet, le 16 juin 2023, d'une obligation de quitter le territoire français et n'avait depuis lors engagé aucune démarche visant à se faire délivrer un titre de séjour, M. A a, le lendemain de son interpellation, été maintenu en rétention au local de rétention administrative de Tourcoing pour une durée de 4 jours en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre. Le 8 septembre 2024, le préfet du Nord l'a assigné à résidence à Roubaix, dans l'arrondissement de Lille, pour une durée de 45 jours. Par la présente requête, M. A sollicite l'annulation de la nouvelle décision l'obligeant à quitter le territoire français qui aurait été implicitement édictée à son encontre le 4 septembre 2024 et dont l'existence aurait été révélée par son placement, le même jour, en rétention administrative.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ". L'article L. 741-1 du même code dispose que : " L'autorité administrative peut placer en rétention, pour une durée de quatre jours, l'étranger qui se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 731-1 lorsqu'il ne présente pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement et qu'aucune autre mesure n'apparaît suffisante à garantir efficacement l'exécution effective de cette décision ". Et aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du même code, en vigueur depuis le 28 janvier 2024 : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le placement en rétention administrative d'un étranger faisant l'objet depuis moins de trois ans d'une obligation de quitter le territoire français a pour objet de mettre à exécution la décision prononçant cette obligation et ne peut être regardée comme constituant ou révélant une nouvelle décision comportant obligation de quitter le territoire, qui serait susceptible de faire l'objet d'une demande d'annulation devant le juge administratif. Toutefois, il appartient à l'administration de ne pas mettre à exécution l'obligation de quitter le territoire si un changement dans les circonstances de droit ou de fait a pour conséquence de faire obstacle à la mesure d'éloignement.
4. Il suit de là que si M. A demande l'annulation de la décision du 4 septembre 2024, ayant ordonné son placement en rétention administrative, en tant qu'elle contient ou révèle une décision comportant obligation de quitter le territoire français, la simple mise à exécution de la mesure d'éloignement du 16 juin 2023 ne peut faire l'objet d'une telle demande. Par suite, les conclusions de M. A qui sont, dès l'origine, dépourvues d'objet, sont irrecevables et doivent, comme telles, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Mbarga et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
X. LARUE
La greffière,
Signé :
N. CARPENTIER
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2409344
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