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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409364

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409364

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a examiné la requête de Mme B, ressortissante congolaise, contestant la décision du 3 septembre 2024 par laquelle l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. La requérante invoquait un défaut de motivation et une méconnaissance des articles L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de sa vulnérabilité et de celle de son fils. Le tribunal a rejeté le moyen tiré du défaut de motivation, estimant que la décision, fondée sur les articles L. 551-15 et D. 551-17 du même code, exposait suffisamment les considérations de droit et de fait, notamment le motif que Mme B avait présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. La solution retenue est le rejet des conclusions à fin d'annulation, bien que l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle soit accordée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 10 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Lokamba Omba, demande au tribunal : 1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ; 2°) d'annuler la décision du 3 septembre 2024 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) portant cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ; 3°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de Lille, de la rétablir dans ses droits dans un délai de sept jours sous astreinte de 350 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai ; 4°) de mettre à la charge de l'État les dépens et la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Elle soutient que : - la décision est insuffisamment motivée ; - elle méconnaît l'article L. 522-1 et l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de sa vulnérabilité et de celle de son fils. Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête. Vu : - les autres pièces du dossier. Vu : - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ; - le code de justice administrative. Le président du tribunal a désigné M. Krawczyk en application de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience. A été entendu au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Krawczyk, magistrat désigné ; Considérant ce qui suit : 1. Mme B, ressortissante congolaise né le 11 août 1983 à Kinshasa (République Démocratique du Congo) accompagnée de ses quatre enfants mineurs, a sollicité le 3 septembre 2024 auprès de la préfecture du Nord le réexamen de sa demande d'asile enregistré à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 septembre 2024. Le 3 septembre 2024, l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision. Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire : 2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". 3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre des dispositions citées au point précédent. Sur les conclusions à fin d'annulation : 4. Aux termes d'une part de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ;. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". D'autre part, au terme de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. ". 5. La décision attaquée vise les dispositions des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique qu'après examen des besoins de la requérante et de sa situation personnelle et familiale, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est refusé, au motif qu'elle a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. Dès lors qu'elle expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, la décision attaquée doit être regardée comme suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. 6. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Aux terme de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. " 7. Si les dispositions citées au point précédent prévoient que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel destiné à évaluer sa vulnérabilité à l'occasion de la première demande d'asile, elles n'imposent toutefois pas la tenue d'un tel entretien lorsqu'un demandeur d'asile sollicite le réexamen de sa demande d'asile, étant également précisé que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est tenu, conformément aux dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de porter une appréciation sur la situation particulière du demandeur d'asile, au vu notamment de son état de vulnérabilité. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé, le 3 septembre 2024, à un entretien de vulnérabilité de Mme B après la demande de réexamen de sa demande d'asile. 8. La requérante se prévaut de sa vulnérabilité en faisant valoir qu'il est mère isolée de quatre enfants et que l'un d'entre eux présente des troubles du comportement. Le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est tenu, conformément aux dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de porter une appréciation sur la situation particulière du demandeur d'asile, au vu notamment de son état de vulnérabilité. Il ressort des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé, le 3 septembre 2024, à un entretien de vulnérabilité de Mme B après la demande de réexamen de sa demande d'asile. La motivation de la décision attaquée précise que ses besoins et sa situation personnelle et familiale ont été examinés. La requérante n'apporte aucun élément de nature à démontrer la vulnérabilité de l'un de ses quatre enfants qui présenterait des troubles comportementaux qu'elle n'a par ailleurs pas signalés au cours de son entretien du 3 septembre 2024. Mme B n'est pas fondée à soutenir que par le seul fait qu'elle était parente isolée de quatre enfants mineurs, elle se trouvait en situation de vulnérabilité au sens des dispositions ci-dessus reproduites. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait méconnu les dispositions de l'article L. 522-1 et de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile 9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 3 septembre 2024. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. D E C I D E : Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.Article 2 : la décision du 3 septembre 2024 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme B est annulée.Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme B est rejeté.Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B à Me Lokamba Omba et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024. Le magistrat désigné,Signé J. KRAWCZYKLa greffière,SignéF. LELEU La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement. Pour expédition conforme, La greffière,N° 2409364

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