vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2409459 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 septembre 2024 et le 8 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Schryve, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de lui délivrer une carte de résident de dix ans en qualité de parent d'enfant réfugié ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de résident de dix ans en qualité de parent d'enfant réfugié dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler en France, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, le tout sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler en France dans le délai de vingt-quatre heures, le tout sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais engagés pour l'instance et non compris dans les dépens, par application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, de verser la même somme à Mme B en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
Sur l'urgence, que :
- la décision litigieuse compromet l'effectivité de la protection internationale de sa fille ;
- sans titre de séjour, elle ne peut séjourner auprès de sa fille, peut être éloignée et peut être placée en retenue administrative ;
- elle ne peut pas travailler ni suivre de formation professionnelle ;
- elle ne peut plus percevoir d'aides sociales ;
- elle est privée de toute ressource et les ressources de son compagnon sont insuffisantes ;
- elle ne peut obtenir de nouveau logement et alors que le propriétaire l'a mis en demeure de quitter le logement au plus tard le 30 juin 2023 ;
Sur le doute sérieux, que :
- la décision contestée méconnaît les articles L. 424-3 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- dans le cadre d'une première demande de titre de séjour, l'urgence ne saurait être présumée ;
- la requérante a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qu'elle n'a pas exécutée ;
- la requérante n'ayant pas produit l'ensemble des pièces justificatives utiles à sa demande, son dossier n'est pas complet de sorte que le délai mentionné aux articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas commencé à courir.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 12 septembre 2024 sous le numéro 2409471 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Terme, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 9 octobre 2024 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience, M. Terme a lu son rapport et entendu les observations de Me Schryve, représentant Mme B.
Le préfet du Nord n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Mme B, ressortissante guinéenne née le 18 août 1999 à Boké (Guinée) indique avoir demandé le 25 octobre 2023 la délivrance d'une carte de résident en qualité de parent d'un enfant réfugié via la plate-forme de l'administration numérique des étrangers en France. Elle demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté cette demande.
4. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents () ". Selon l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ", cet arrêté dressant une liste de pièces pour chaque catégorie de titre de séjour. L'article R. 431-15-1 du même code dispose que : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande () ". Enfin, l'article R. 432-2 de ce code prévoit que : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".
5. Le préfet du Nord soutient que la demande de Mme B n'a pu faire naître de décision au motif qu'elle était incomplète, dès lors qu'elle n'a produit de justificatif de nationalité que le 16 avril 2024 et de justificatif d'état civil que le 16 septembre 2024. Si Mme B soutient qu'elle a produit son acte de naissance le 21 janvier 2024, elle se borne à produire, à l'appui de cette affirmation, une capture d'écran de la plate-forme de l'administration numérique des étrangers en France, dont il ressort certes qu'un document a bien été versé dans cette catégorie de pièce à cette date, mais qui ne permet pas d'en connaître la teneur, alors qu'il ressort des pièces produites par le préfet que ce document a été rejeté au motif qu'il n'était pas le bon. Mme B n'établit donc pas que sa demande était complète le 16 avril 2024 ainsi qu'elle le soutient. Il en résulte qu'aucune décision n'a pu naître du silence gardé par le préfet à la date de la présente ordonnance.
6. Par suite, les conclusions de Mme B aux fins de suspension sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera transmise au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 11 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé,
D. TERME
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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