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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409523

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409523

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409523
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de refus de titre de séjour présentée par M. A, ressortissant syrien. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant, qui avait sollicité un changement de statut et non un renouvellement, ne bénéficiait pas de la présomption d'urgence et n'a pas démontré d'atteinte grave et immédiate à sa situation. Il a notamment relevé que M. A disposait d'autorisations de travail valides et n'a pas justifié de ses charges personnelles ou de sa situation financière. La requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Fourdan, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite, née le 14 octobre 2023, par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation et de prendre une décision expresse, dans le délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir et dans l'attente de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans le délai de 5 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à Me Fourdan en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant syrien né le 5 janvier 1977, a été muni d'une carte de séjour pluriannuelle, valable jusqu'au 1er août 2023 en tant que membre de famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire. Il a demandé le 7 décembre 2023 un changement de statut pour obtenir une carte de résident en tant que réfugié. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre la décision implicite rejetant cette demande.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessite pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. M. A ayant, par l'effet de sa demande de changement de statut, renoncé à solliciter le renouvellement du titre de séjour qu'il détenait, la présomption d'urgence mentionnée au point précédent ne trouve pas à s'appliquer.

5. Pour justifier de l'urgence qui s'attache, selon lui, à suspendre l'exécution de la décision en litige, M. A se borne à produire deux courriels d'employeurs lui demandant de leur adresser des documents dont son titre de séjour valide. Ces courriels ne suffisent pas établir que l'absence de titre l'empêchaient de travailler alors qu'il a été pourvu d'attestations de prolongation d'instruction de son dossier, l'autorisant à travailler, la dernière étant valable jusqu'au 1er novembre 2024. Par ailleurs, ces seuls éléments ne suffisent pas à démontrer l'atteinte grave et immédiate à sa situation justifiant de l'urgence à ce que le juge des référés se prononce alors que le requérant ne produit aucun document précisant ses charges personnelles et familiales, ni non plus son épargne et sa trésorerie. S'il fait état de la durée excessivement longue de la procédure d'instruction de sa demande, cette situation ne suffit pas à caractériser non plus l'urgence. La condition d'urgence n'est donc en tout état de cause pas établie. Au surplus, la demande du requérant a fait l'objet de décisions successives de prolongation d'instruction, sans qu'une décision implicite de rejet soit donc née. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

6. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique. ". D'autre part, aux termes du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président ou par le président de la commission mentionnée à l'article L. 432-13 ou à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué." et aux termes du dernier alinéa de l'article 62 du même décret : " La décision statuant sur la demande d'admission provisoire n'est pas susceptible de recours. ".

7. Les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ayant été rejetées comme manifestement infondées, il y a lieu de rejeter en application des dispositions précitées la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Une copie sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 24 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

D. PERRIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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