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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409626

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409626

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409626
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVERGNOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 septembre 2024, Mme C A B, représentée par Me Marion Vergnole, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, de liquider à son profit, d'une part, l'astreinte de 50 euros par jour de retard fixée par l'ordonnance n° 2408969 du 30 août 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, pour la période du 30 août 2024 au 11 septembre 2024, d'autre part, l'astreinte de 100 euros par jour de retard fixée par l'ordonnance n° 2409186 du 11 septembre 2024 du juge des référés du même tribunal, pour la période du 12 septembre 2024 jusqu'à la date de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations écrites.

Vu :

- l'ordonnance n° 2408969 du 30 août 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille ;

- l'ordonnance n° 2409186 du 11 septembre 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 à 9h30 :

- le rapport de M. Huguen ;

- les observations de Me Vergnole, pour Mme A B, qui a conclu aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

Le préfet du Nord n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A B, ressortissante tchadienne, née le 1er janvier 1986, qui séjourne en France en qualité de demandeur d'asile, n'a pas été admise au bénéfice des conditions matérielles d'accueil offertes au demandeur d'asile au motif de la tardiveté de sa demande. Mme A B a, le 28 avril 2024, donné naissance à un enfant prématuré qui a été hospitalisé jusqu'au 10 juillet 2024 en néonatologie en vue de l'opération puis de la prise en charge post-opératoire d'une atrésie jéjunale. Par une ordonnance n° 2408969 du 30 août 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Lille, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a enjoint au préfet du Nord de proposer à Mme A B un hébergement d'urgence pouvant l'accueillir avec son nourrisson dans le délai de 72 heures à compter de la notification de son ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. Compte tenu de l'absence d'exécution de cette injonction, le juge des référés du même tribunal a, par une ordonnance n° 2409186 du 11 septembre 2024, porté le montant de l'astreinte à la somme de 100 euros par jour de retard. Mme A B, compte tenu de la carence persistante du préfet du Nord à ne pas exécuter l'injonction de lui proposer un hébergement d'urgence pouvant l'accueillir avec son nourrisson âgé de 4 mois, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, d'ordonner la liquidation provisoire des astreintes prononcées par les ordonnances n° 2408969 du 30 août 2024 et n° 2409186 du 11 septembre 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

2. Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme A B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant, sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, à la liquidation de l'astreinte :

3. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts ". Aux termes de son article L. 911-7 : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".

4. L'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. Il appartient au juge qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée. Toutefois, si l'administration justifie avoir adopté, en lieu et place des mesures provisoires ordonnées par le juge des référés, des mesures au moins équivalentes à celles qu'il lui a été enjoint de prendre, le juge de l'exécution peut, compte tenu des diligences ainsi accomplies, constater que l'ordonnance du juge des référés a été exécutée.

5. Il n'est pas contesté que Mme A B, à la date de la présente ordonnance, n'a pas, conformément à l'ordonnance n° 2408969 du 30 août 2024 du juge des référés, été rendue destinataire par le préfet du Nord d'une proposition d'hébergement d'urgence pouvant l'accueillir avec son nourrisson, âgé de 4 mois, né prématurément et atteint d'une malformation congénitale rare de l'intestin grêle pour laquelle il a dû subir une intervention chirurgicale. Dès lors, il y a lieu de procéder au bénéfice de M. A B à la liquidation provisoire de l'astreinte de 50 euros par jour de retard fixée par l'ordonnance n° 2408969 du 30 août 2024, pour la période - déduction faite du délai de 72 heures - du 3 septembre 2024 au 11 septembre 2024 et de l'astreinte de 100 euros par jour de retard fixée par l'ordonnance n° 2409186 du 11 septembre 2024, pour la période du 12 septembre 2024 jusqu'au 10 octobre 2024, soit la somme totale de 3 350 euros.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. Mme A B étant admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Vergnole, avocate de Mme A B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Vergnole de la somme de 800 (huit cents) euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 (huit cents) euros sera versée à Mme A B.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A B est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'Etat versera à Mme A B la somme de 3 350 (trois mille trois cent cinquante) euros au titre de la liquidation provisoire de l'astreinte de 50 euros par jour de retard fixée par l'ordonnance n° 2408969 du 30 août 2024, pour la période du 3 septembre 2024 au 11 septembre 2024 et de l'astreinte de 100 euros par jour de retard fixée par l'ordonnance n° 2409186 du 11 septembre 2024, pour la période du 12 septembre 2024 jusqu'au 10 octobre 2024.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Vergnole renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Vergnole, avocate de Mme A B, la somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 (huit cents) euros sera versée à celle-ci.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A B, à Me Marion Vergnole et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 10 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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