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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409627

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409627

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409627
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVERGNOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Marion Vergnole, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, de liquider à son profit, d'une part, l'astreinte de 50 euros par jour de retard fixée par l'ordonnance n° 2404792 du 16 mai 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, pour la période du 1er juin 2024 au 9 juillet 2024, d'autre part, l'astreinte de 150 euros par jour de retard fixée par l'ordonnance n° 2406127 du 21 juin 2024 du juge des référés du même tribunal, pour la période du 10 juillet 2024 jusqu'à la date de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Par un mémoire enregistré le 3 octobre 2024, le préfet du Nord, représenté par la SARL Centaure avocats, conclu au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'astreinte provisoire peut être supprimée, dès lors que, par une décision du 11 septembre 2024, il a décidé de délivrer à M. A, d'une part, une carte de résident valable du 10 septembre 2024 au 9 septembre 2034, laquelle est en cours de fabrication par l'Imprimerie nationale, d'autre part, une attestation de prolongation d'instruction valable du 3 août 2024 au 2 février 2025 ;

- à défaut, l'astreinte ne saurait être liquidée au-delà du 10 septembre 2024 ;

Vu :

- l'ordonnance n° 2404792 du 16 mai 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille ;

- l'ordonnance n° 2406127 du 21 juin 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 à 9h30 :

- le rapport de M. Huguen ;

- les observations de Me Vergnole, pour M. A, qui a conclu aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens. Me Vergnole soutient également que, en dépit du document relatif à l'attestation de prolongation d'instruction et au renouvellement de la carte de résident versé aux débats par le préfet du Nord, l'injonction prescrite par l'ordonnance n° 2404792 du 16 mai 2024 ne saurait être regardée comme ayant été exécutée ;

- les observations de Me Hau, pour le préfet du Nord, qui a conclu aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan, né le 23 mars 1993, a, par une décision du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 11 juillet 2019, été admis au bénéfice de la protection subsidiaire. Il a, en cette qualité, été mis en possession d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 8 août 2019 au 7 août 2023. A la suite de sa demande tendant au renouvellement de sa carte de séjour, M. A a été rendu destinataire d'une attestation de prolongation d'instruction dont la validité expirait le 16 avril 2024. Par une ordonnance n° 2404792 du 16 mai 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Lille, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. A la carte de résident prévue à l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de son ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. Compte tenu de l'absence d'exécution de cette injonction, le juge des référés du même tribunal a, par une ordonnance n° 2406127 du 21 juin 2024, porté le montant de l'astreinte à la somme de 150 euros par jour de retard, à l'expiration du délai de 15 jours à compter de la notification de son ordonnance. M. A, compte tenu de la carence persistante du préfet du Nord à ne pas exécuter l'injonction de lui délivrer la carte de résident prévue à l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, d'ordonner la liquidation provisoire des astreintes prononcées par les ordonnances n° 2404792 du 16 mai 2024 et n° 2406127 du 21 juin 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

3. Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant, sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, à la liquidation de l'astreinte :

4. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts ". Aux termes de son article L. 911-7 : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".

5. L'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. Il appartient au juge qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée. Toutefois, si l'administration justifie avoir adopté, en lieu et place des mesures provisoires ordonnées par le juge des référés, des mesures au moins équivalentes à celles qu'il lui a été enjoint de prendre, le juge de l'exécution peut, compte tenu des diligences ainsi accomplies, constater que l'ordonnance du juge des référés a été exécutée.

6. Il n'est pas contesté que M. A n'a pas été rendu destinataire d'une décision expresse du préfet du Nord se prononçant sur son droit à la délivrance de la carte de résident prévue à l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en dépit de l'injonction faite à celui-ci d'y procéder dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance n° 2404792 du 16 mai 2024, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, puis, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance n° 2406127 du 21 juin 2024, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

7. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet du Nord a, le 11 septembre 2024, décidé de délivrer à M. A un certificat de résidence de dix ans valable jusqu'au 9 septembre 2034. Il résulte également de l'instruction que ce titre est en cours de fabrication par l'Imprimerie nationale. Dès lors, le préfet du Nord doit être regardé comme avoir, le 11 septembre 2024, procédé à l'exécution complète de l'injonction prononcée par l'ordonnance du 16 mai 2024. Par suite, il y a lieu de procéder au bénéfice de M. A à la liquidation provisoire de l'astreinte de 50 euros fixée par l'ordonnance n° 2404792 du 16 mai 2024 pour la période du 31 mai 2024 au 6 juillet 2024 et de l'astreinte de 150 euros par jour de retard fixée par l'ordonnance n° 2406127 du 21 juin 2024 inclus, pour la période du 7 juillet 2024 au 10 septembre 2024 inclus, soit la somme totale de 11 750 euros qu'il convient de modérer et de ramener à la somme de 5 000 euros.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. M. A étant admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Vergnole, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Vergnole de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme 5 000 (cinq mille) euros au titre de la liquidation provisoire de l'astreinte de 50 euros par jour de retard fixée par l'ordonnance n° 2404792 du 16 mai 2024, pour la période du 31 mai 2024 au 6 juillet 2024 inclus, de l'astreinte de 150 euros par jour de retard fixée par l'ordonnance n° 2406127 du 21 juin 2024, pour la période du 7 juillet 2024 au 10 septembre 2024.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Vergnole renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Vergnole, avocate de M. A, la somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 (huit cents) euros sera versée à celle-ci.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Marion Vergnole et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 10 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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