jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2409683 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Benkhelouf, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite, par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de délivrance d'un certificat de résidence algérien valable dix ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien, sous astreinte de 250 euros par jour de retard.
Il soutient :
Sur l'urgence, que :
- elle est constituée, dès lors que la décision attaquée le place dans une situation de précarité administrative et financière, son contrat de travail ayant été suspendu ;
Sur le doute sérieux, que :
- la décision en litige n'est pas motivée ;
- elle viole l'article L. 414-2 et L. 414-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que, compte tenu de la demande du requérant que lui soit délivré certificat de dix ans, l'urgence n'est pas avérée et les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la requête n° 2409079 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 septembre 2024 à 9h30 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience, M. Perrin, juge des référés, a lu son rapport.
M. A et le préfet du Nord n'étant ni présents, ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, né le 25 janvier 1995, s'est vu délivré un certificat de résidence algérien en qualité de salarié valable jusqu'au 29 juin 2024. Le 23 mars 2024, il a sollicité, la délivrance d'un certificat de résidence algérien valable dix ans. M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessite pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Aux termes du b de l'article 7 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française. ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. ". Cet article dispose également que le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit à certaines catégories de ressortissants algériens qui ne comprennent pas les titulaires d'un certificat de résidence d'un an portant la mention " salarié ". Il résulte de ces stipulations qu'en dehors des cas limitativement énumérés par l'article 7 bis, l'obtention du certificat de résidence de dix ans n'est pas un droit pour les ressortissants algériens justifiant d'une résidence ininterrompue en France de trois années.
5. En demandant à bénéficier d'un certificat de résidence de dix ans, M. A a renoncé à solliciter le renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " salarié " valable un an, la présomption d'urgence mentionnée au point 3 ne trouve donc pas à s'appliquer. Il fait valoir que la décision en litige a conduit à la suspension, temporaire de son contrat de travail à compter du 26 août 2024. Toutefois, postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet lui a délivré, le 27 septembre 2024, un récépissé de demande de carte de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'au 26 mars 2025. Si M. A fait valoir la précarité de sa situation financière, d'une part, les éléments qu'il produit démontrent que ses comptes bancaires présentaient déjà un solde négatif à certaines périodes avant la suspension de son contrat de travail et d'autre part, il n'établit qu'il n'a pas pu reprendre l'exécution de son contrat de travail depuis la délivrance du récépissé précédemment mentionné. Enfin, si M. A fait valoir la situation de sa mère malade et devant subir des traitements à compter du 4 septembre 2024, il ne démontre pas que l'absence de titre de séjour l'empêcherait de se rendre en Algérie auprès de sa mère. Dans ces conditions, à la date de la présente ordonnance et en l'état de l'instruction, M. A ne justifie pas de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai de la suspension de la décision attaquée. La condition d'urgence n'apparait donc pas remplie.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fins d'injonction sous astreinte, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant au doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 17 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé,
D. PERRIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2409683
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