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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409863

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409863

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409863
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. B, ressortissant tunisien, qui contestait l’arrêté du préfet du Nord fixant le pays de destination de son éloignement, pris en exécution d’une peine d’interdiction judiciaire du territoire. Le tribunal a écarté les moyens tirés de l’insuffisance de motivation, du défaut d’examen réel et sérieux de sa situation, et de la méconnaissance de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, faute de preuve d’un risque personnel de traitements inhumains ou dégradants dans le pays de renvoi. La décision s’appuie notamment sur les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024, M. A B, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2024 du préfet du Nord en tant qu'il fixe le pays à destination duquel il doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Denys, conseillère, en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 4 octobre 2024 à 8h30, Mme Denys :

- a présenté son rapport ;

- a entendu les observations de Me Cliquennois, représentant M. B, qui confirme les écritures présentées après avoir précisé qu'il ne sollicite pas le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ; il soutient, en outre, que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. B ;

- a entendu les observations de Me Khan, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- M. B ayant refusé de se présenter ;

- et a prononcé la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 19 août 1992, a été condamné le 22 janvier 2024 par le tribunal correctionnel de Lille à une peine complémentaire d'interdiction définitive du territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du 23 septembre 2024, le préfet du Nord a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné en application de cette peine comme étant le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible et l'a placé en rétention administrative pour une durée de 4 jours. M. B demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il fixe le pays à destination duquel il doit être éloigné.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé pour fixer le pays à destination duquel M. B sera éloigné en application de la peine d'interdiction judiciaire du territoire français dont il fait l'objet. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre l'arrêté en cause. En particulier, si l'autorité préfectorale n'a pas été en mesure de vérifier son exactitude, elle a expressément fait état de la déclaration de l'intéressé, émise dans le cadre de la procédure contradictoire qui a précédé l'édiction de l'arrêté attaqué, selon laquelle sa véritable identité est celle de M. C, né le 29 décembre 1990 au Soudan, avant de fixer le pays à destination duquel il sera renvoyé comme étant le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'un examen réel et sérieux de la situation de M. B doit être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

5. A supposer qu'il s'agisse du pays dont il a la nationalité ou d'un pays dans lequel il est légalement admissible, en se bornant à faire allusion, au cours de l'audience publique, à la situation sécuritaire prévalant au Soudan, le requérant ne justifie pas de l'existence d'un risque avéré d'être soumis à la torture ou à des traitement inhumains ou dégradant en cas de retour dans ce pays. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté qu'il conteste.

Sur le surplus des conclusions :

7. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Cliquennois, et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A. DENYSLa greffière,

Signé

F. LELEU

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2409863

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