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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409886

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409886

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409886
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVERGNOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024, M. E A C, représenté par Me Marion D, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision réputée intervenue le 7 septembre 2024 par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de faire droit à sa demande tendant au renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord, d'une part, de procéder à un nouvel examen de sa situation administrative et de prononcer une décision expresse dans le délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'autre part, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de mettre le versement à son profit de cette somme à la charge de l'Etat sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors, d'une part, qu'elle est présumée pour les refus de renouvellement de titre de séjour, d'autre part, que la décision attaquée a des conséquences graves sur sa situation personnelle et professionnelle, en ce que, d'une part, il est exposé, à partir du 9 octobre 2024, à une suspension de son contrat de travail et, par voie de conséquence, à la suspension de l'occupation de son logement de fonction et à la perception des revenus de son travail ;

- la décision attaquée est dépourvue de motivation ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'il en réunit les conditions pour bénéficier du renouvellement de sa carte de séjour temporaire ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'il en réunit les conditions pour bénéficier du renouvellement de sa carte de séjour temporaire ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation.

Par un mémoire enregistré le 3 octobre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition de l'urgence n'est pas remplie, dès lors qu'il a, le 27 septembre 2024, délivré à M. A C, le récépissé prévu par l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête n° 2409884 enregistrée le 25 septembre 2024 par laquelle M. A C demande l'annulation de la décision attaquée ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2024 à 14h00 :

- le rapport de M. Huguen ;

- les observations de Me D, représentant M. A C, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Mme D a soutenu également, d'une part, que si le préfet du Nord a délivré M. A C un récépissé de demande de carte de séjour, celui-ci n'a pas encore, à la date de l'audience, été mis en possession de ce récépissé, d'autre part, que la copie numérisée de ce récépissé ne saurait suffire à son employeur pour ne pas suspendre son contrat de travail. Me D, enfin, demande que la somme demandée au titre des frais irrépétibles, soit, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à M. A C.

- les observations de Me Hau, pour le préfet du Nord, qui a conclu aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension :

1. M. E A C, ressortissant tunisien, né le 17 mai 1992 à Bizerte (République tunisienne), a, au visa d'une autorisation de travail qui lui a été délivrée le 22 juin 2023, été mis en possession d'un titre de séjour portant la mention " salarié " valable jusqu'au 10 juillet 2024 pour exercer un emploi de gestionnaire immobilier au sein de l'" association de résidences pour étudiants et jeunes " (B). Le 7 mai 2024, antérieurement à l'expiration de la durée de validité de son titre de séjour, M. A C a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par une décision réputée intervenue le 7 septembre 2024, le préfet du Nord a implicitement refusé de faire droit à sa demande. M. A C demande au juge des référés la suspension de l'exécution de cette décision du 7 septembre 2024. Par une décision du 27 septembre 2024, intervenue postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet du Nord a délivré à M. A C le récépissé prévu par l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile valable jusqu'au 26 mars 2025.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

4. Il résulte de l'instruction que M. A C a sollicité le renouvellement de son titre de séjour dans le respect du délai prescrit pour ce faire. Le préfet du Nord, qui ne conteste pas que le dossier joint à la demande de M. A C était complet, ne se prévaut d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d'urgence applicable en l'espèce. Dès lors, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision implicite du 7 septembre 2024 :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. /La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail (). Aux termes des dispositions de l'article L. 433-1 du même code : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. /() Par dérogation au présent article la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " prévue à l'article L. 421-1, ainsi que la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " prévue aux articles L. 421-9, L. 421-11 ou L. 421-14, sont renouvelées dans les conditions prévues à ces mêmes articles ".

6. En l'état de l'instruction, les moyens énoncés dans les visas de la présente ordonnance et tirés, d'une part, de la méconnaissance des dispositions des articles L. 421-1 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de M. A C sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision attaquée jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Dans le cas où les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut non seulement suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, mais aussi assortir cette suspension d'une injonction, s'il est saisi de conclusions en ce sens, ou de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration. Toutefois, les mesures qu'il prescrit ainsi, alors qu'il se borne à relever l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, doivent présenter un caractère provisoire. Il suit de là que le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder sa compétence, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée.

9. En l'espèce, la suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord procède à un nouvel examen de la demande de M. A C tendant au renouvellement de son titre de séjour et de prononcer une décision expresse dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

10. En revanche, compte tenu de la circonstance que le préfet du Nord a, le 27 septembre 2024, en cours d'instance, délivré à M. A C un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 26 mars 2025 l'autorisant à travailler, les conclusions de la requête tendant à lui enjoindre de délivrer ce récépissé sont dépourvues d'objet. Par suite, et nonobstant la circonstance que ce récépissé de demande de carte de séjour, dont la matérialité est établie, n'avait pas encore, à la date de l'audience, été remis à M. A C, il n'y a pas lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A C la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision réputée intervenue le 7 septembre 2024 par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de faire droit à la demande de M. A C tendant au renouvellement de son titre de séjour est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de la situation de M. A C et de prononcer une nouvelle décision expresse à son issue, dans le délai de trois mois à compter la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. A C la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E A C, à Me Marion D et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 10 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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