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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2409887

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2409887

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2409887
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a examiné la demande de suspension de M. A, étudiant à l'école Centrale de Lille, contestant la délibération du jury du 17 septembre 2024 lui imposant une année de transition. Le juge des référés a rejeté la requête, estimant que la condition d'urgence n'était pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. La décision s'appuie sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative, le code de l'éducation et le règlement intérieur de l'école.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024, M. E A demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la délibération du jury de 1re session de deuxième année de l'école centrale de Lille du 17 septembre 2024, en tant qu'elle lui impose une année de transition au titre de l'année universitaire 2024/2025 ;

2°) d'enjoindre à l'école centrale de Lille de valider temporairement les électifs non validés lors de l'année universitaire 2023/2024 avec le grade J jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la délibération attaquée et jusqu'à ce que sa situation soit de nouveau examinée par un jury, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la délibération attaquée porte atteinte à sa situation financière, à sa santé psychologique, qu'il a été privé de se soumettre à l'évaluation de la matière appelée " REX " qui compte pour un crédit ECTS et à la possibilité de bénéficier d'un second redoublement, qui est prohibé par le règlement de l'école, s'il n'arrivait pas à effectuer une expérience de 17 semaines à l'étranger lors de la troisième année d'étude ;

- la délibération attaquée est entachée de vice de procédure, dès lors, d'une part, que l'école centrale de Lille n'établit pas, faute de produire le procès-verbal de séance et l'arrêté par lequel le directeur général de l'école a nommé les membres du jury pour l'année universitaire 2024/2025, que le jury était composé conformément à l'article 3 du règlement des études de la formation d'ingénieurs de l'école centrale de Lille, d'autre part, que le suppléant du directeur général de l'établissement ne pouvait valablement pas suppléer la directeur général M. C ;

- la délibération attaquée est, par la voie de l'exception, illégale du fait que l'arrêté fixant la composition du jury a été pris en méconnaissance de l'article 3 du règlement des études de la formation d'ingénieurs de l'école centrale de Lille ;

- la délibération attaquée est, par la voie de l'exception, illégale du fait de l'irrégularité du règlement des études, en ce que l'imprécision de ses dispositions porte atteinte aux principes de sécurité juridique, de clarté, d'accessibilité et d'intelligibilité des lois et règlements ;

- la délibération attaquée est entachée d'illégalité, en ce que le jury a arbitrairement baissé les notes qu'il avait obtenues en langue étrangère (anglais et espagnol) pour des motifs étrangers à la qualité de son travail ;

- la délibération attaquée est entachée d'illégalité, en ce que l'école centrale de Lille a procédé à un nouvel examen de sa situation sans l'autoriser à passer l'épreuve de rattrapage prévue par le règlement des études de l'année universitaire 2024/2025 ;

- la délibération attaquée est entachée d'erreur de droit, en ce que le jury a refusé de l'autoriser à se présenter aux épreuves de rattrapage pour l'électif " Bioécobomie " du semestre 7 partie a) et les matières appelées " Challenge Imagine and Make " et " Challenge Jeu d'Entreprise " non validées ;

- la délibération attaquée a été prise en méconnaissance du principe d'égalité de traitement, en ce que 80 étudiants ont été autorisés à se présenter aux épreuves de rattrapage pour les matières non validées ;

Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2024, le directeur général de l'école centrale de Lille conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition de l'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens invoqués ne sont pas propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la délibération attaquée ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2409877 enregistrée le 25 septembre 2024 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le règlement des études de la formation d'ingénieurs de l'école centrale de Lille adopté le 23 juin 2023 ;

- l'arrêté n° AR24-CAB-029 du 29 avril 2024 du directeur général de Centrale Lille ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 octobre 2024 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :

- le rapport de M. Huguen ;

- les observations de M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

- les observations de Mme D B, dûment habilitée, pour le directeur de l'école centrale de Lille, qui conclut aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens ;

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension :

1. M. A était, lors de l'année universitaire 2023/2024, élève ingénieur de deuxième année à l'école centrale de Lille. Par une décision du 8 septembre 2023, la commission de discipline de centrale Lille a prononcé à son encontre une sanction d'exclusion de l'établissement d'une durée de 12 mois dont 8 mois assortis du sursis aux motifs qu'il avait, dans un groupe de discussion associant des élèves ingénieurs de l'école centrale de Lille, ouvert sur une application informatique, publié des propos, des images et des vidéos à caractère raciste et discriminatoire qui avaient, compte tenu de l'impact médiatique de l'affaire, porté atteinte à la réputation de l'école centrale de Lille. Par une délibération en date du 11 juillet 2024, le jury de 1re session de deuxième année de l'école centrale de Lille n'a pas autorisé le passage de M. A en troisième année et l'a admis en année de transition pour l'année universitaire 2024/2025. Par une ordonnance n° 2408617 du 11 septembre 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Lille, au motif que le moyen tiré de ce que le jury n'était pas composé conformément aux dispositions précitées de l'article 3 du règlement des études de la formation d'ingénieurs de l'école centrale de Lille était propre à créer en l'état de l'instruction un doute sérieux quant à la légalité de la délibération du 11 juillet 2024, prononcé la suspension de l'exécution de cette délibération et enjoint au directeur général de l'école de procéder à un nouvel examen de la situation de M. A dans le délai de quinze jours à compter la notification de ladite ordonnance. Par une délibération du 17 septembre 2024, le jury G2, en exécution de l'injonction prescrite par l'ordonnance du juge des référés, a procédé à un nouvel examen de la situation de M. A au terme duquel il n'a pas autorisé le passage de l'intéressé en troisième année et l'a admis en année de transition pour l'année universitaire 2024/2025. M. A demande au juge des référés la suspension de l'exécution de cette délibération du 17 septembre 2024.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la délibération attaquée :

3. En l'état de l'instruction, les moyens énoncés dans les visas de la présente ordonnance ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la délibération attaquée.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, sans qu'il soit nécessaire d'examiner la condition de l'urgence, de rejeter les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E A et au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Copie en sera adressé au directeur de l'école centrale de Lille.

Fait à Lille, le 17 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé,

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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