jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2410115 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 octobre 2024, Mme A C épouse B, représentée par Me Marion Vergnole, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision réputée intervenue le 27 septembre 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé implicitement de faire droit à sa demande tendant au renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord, d'une part, de procéder à un nouvel examen de sa de sa demande et de prononcer, à l'issue de cet examen, une décision expresse dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard, d'autre part, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son profit de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors, d'une part, qu'elle est présumée pour les refus de renouvellement de titre de séjour, d'autre part, que la décision attaquée impose à son employeur de suspendre son contrat de travail ;
- la décision attaquée est dépourvue de motivation ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles L. 423-14 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle en réunit les conditions, à savoir que son conjoint, ressortissant marocain, est titulaire d'une carte de résident et qu'elle exerce depuis le 2 octobre 2023 des fonctions de cadre, en vertu d'un contrat de travail à durée indéterminée, au sein de la société Adeo services ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde de droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa demande.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition de l'urgence n'est pas remplie, dès lors, que la durée de validité de sa carte de séjour pluriannuelle n'expire que le 30 octobre 2024 et qu'elle a été mise en possession du récépissé prévu à l'article R. 431-12 le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui est valable jusqu'au 10 mars 2025.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2410147 enregistrée le 2 octobre 2024 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2024 à 14h00 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :
- le rapport de M. Huguen ;
- les observations de Me Vergnole, représentant Mme C, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Le préfet du Nord n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin de suspension :
1. Mme C épouse B, ressortissante marocaine, née le 6 octobre 1992 à Tétouan (Royaume du Maroc), est entrée en France en 2019 au bénéfice du regroupement familial. Elle a été mise en possession d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 31 juillet 2020 au 30 juillet 2024. Le 21 septembre 2023, Mme C a, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, été recrutée par la société Adeo services. Le 27 mai 2024, antérieurement à l'expiration de la validité de son titre de séjour, elle a en sollicité le renouvellement. Par une décision réputée intervenue le 27 septembre 2024, le préfet du Nord a refusé implicitement de faire droit à sa demande. Mme C demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision implicite de rejet.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.
4. Il résulte de l'instruction que Mme C a sollicité le renouvellement de son titre de séjour dans le respect du délai prescrit pour ce faire. Contrairement à ce que fait valoir le préfet du Nord, la durée de validité de la carte de séjour pluriannuelle qu'il avait, le 31 juillet 2020, délivré à Mme C expirait, non le 30 octobre 2024, mais le 30 juillet 2024. Le préfet du Nord, qui ne conteste pas que le dossier joint à la demande de Mme C était complet, ne se prévaut d'aucune autre circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d'urgence applicable en l'espèce. Enfin, et en tout état de cause, Mme C établit que son employeur, par une lettre du 18 septembre 2024, l'a informée qu'il envisagerait de suspendre l'exécution de son contrat de travail, voire de la licencier, faute d'avoir été rendu destinataire d'un acte justifiant de la régularité de son séjour en France. Dès lors, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision implicite du 27 septembre 2024 :
5. Aux termes de l'article L. 423-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a été autorisé à séjourner en France au titre du regroupement familial dans les conditions prévues au chapitre IV du titre III, entré en France régulièrement et dont le conjoint est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ". Aux termes de l'article L. 433-1 du même code : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte () ".
6. En l'état de l'instruction, les moyens énoncés dans les visas de la présente ordonnance et tirés, d'une part, de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-14 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de Mme C, sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision attaquée jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Dans le cas où les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut non seulement suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, mais aussi assortir cette suspension d'une injonction, s'il est saisi de conclusions en ce sens, ou de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration. Toutefois, les mesures qu'il prescrit ainsi, alors qu'il se borne à relever l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, doivent présenter un caractère provisoire. Il suit de là que le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder sa compétence, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée.
9. En l'espèce, la suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord procède à un nouvel examen de la demande de Mme C tendant au renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle et de prononcer une décision expresse dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
10. Le préfet du Nord fait valoir qu'il a, le 11 septembre 2024, antérieurement à l'introduction de la requête, pris la décision de délivrer à Mme C un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 10 mars 2025 l'autorisant à travailler. Toutefois Mme C soutient, sans être contredite, n'avoir pas été mise en possession de ce récépissé. Dès lors, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet du Nord de remettre ce récépissé à Mme C selon les modalités qu'il jugera utiles dans le délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme C la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La décision réputée intervenue le 27 septembre 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé implicitement de faire droit à la demande de Mme C tendant au renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de la demande de Mme C tendant au renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle et de prononcer une décision expresse dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de remettre à Mme C, selon les modalités qu'il jugera utiles, le récépissé prévu par l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il lui a délivré le 11 septembre 2024, dans le délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Article 4 : L'Etat versera à Mme C la somme de 800 (huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C épouse B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à Me Vergnole et au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 24 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé,
O. HUGUEN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
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03/08/2026