jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2410126 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Chloé Fourdan, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 8 juillet 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé de procéder à l'enregistrement de sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou refusé de faire droit à cette demande ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord, d'une part, de procéder à un nouvel examen de sa situation personnelle et de prononcer, à l'issue de cet examen, une décision expresse dans le délai de deux mois, d'autre part, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de 15 jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord, le cas échéant, de procéder à un nouvel examen de sa situation personnelle, d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de 15 jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son profit de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors, d'une part, qu'elle est présumée pour les refus de renouvellement de titre de séjour, d'autre part, que la décision attaquée la place, depuis 10 mois, dans une situation irrégulière au regard de son droit au séjour et dans une situation financière difficile, en ce que son employeur, un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, où elle exerce les fonctions d'agent de service hospitalier, est tenu de suspendre son contrat de travail à durée indéterminée et, par voie de conséquence, le versement de sa rémunération qui est indispensable à l'entretien de son foyer et, depuis 10 mois, le versement de sa prime d'activité d'un montant de 103 euros ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale, dès lors que le titre de séjour qui lui a été délivré le 4 janvier 2023 a, implicitement mais nécessairement, abrogé la décision du 12 mai 2022 par laquelle le préfet du Nord avait refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée, si elle devait être regardée comme un refus d'enregistrement, est illégale, dès lors qu'aucune disposition légale n'interdit à l'étranger qui a fait l'objet d'une mesure d'éloignement de déposer une nouvelle demande de titre de séjour ;
- la décision attaquée, si elle devait être regardée comme un refus d'enregistrement, est illégale, dès lors que le préfet du Nord n'établit pas que le dossier joint à sa demande, qui, en tout état de cause, contenait des éléments nouveaux, était incomplet ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles R. 431-9, R. 431-10 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde de droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition de l'urgence n'est pas remplie, dès lors que le titre de séjour dont se prévaut Mme B, qui lui a été délivré à la suite de l'injonction prescrite par le jugement du tribunal administratif de Lille du 8 décembre 2022, doit être regardé comme n'avoir jamais existé, du fait que la cour administrative d'appel de de Douai a, par un arrêt du 22 juin 2023, annulé ce jugement ;
- la décision attaquée, qui constitue un refus d'enregistrement, est fondée, dès lors, d'une part, que le dossier de Mme B ne comportait aucun élément nouveau, d'autre part, qu'il appartenait à Mme B, qui ne l'a pas fait, de déposer une première demande de titre de séjour en qualité de salariée, muni d'un visa de long séjour en qualité de salarié et d'une autorisation de travail, enfin que le dépôt d'une nouvelle demande de titre de séjour revêtait un caractère abusif et dilatoire compte tenu de ses multiples démarches et de l'absence d'exécution de deux obligations de quitter le territoire français et de la méconnaissance de l'arrêt de la cour administrative d'appel du 22 juin 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2409348 enregistrée le 9 septembre 2024 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2024 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :
- le rapport de M. Huguen ;
- les observations de Me Fourdan, représentant Mme B, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Me Fourdan a soutenu également, d'une part, que le préfet du Nord était tenu, à la suite de l'intervention de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Douai, de procéder expressément au retrait du titre de séjour qui lui avait été délivré en exécution du jugement du tribunal administratif de Lille, d'autre part, que la signature de son contrat de travail et son mariage constituaient des éléments nouveaux.
Le préfet du Nord n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante congolaise, née le 19 août 1975 à Kinshasa (République démocratique du Congo) est entrée en France le 27 novembre 2012 et a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Par une décision du 13 mars 2014, l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a refusé de faire droit à sa demande. Par une décision du 24 octobre 2014, la cour nationale du droit d'asile a validé la décision de l'OFPRA. Par un arrêté du 26 mars 2015, le préfet du Nord a refusé de délivrer à Mme B une carte de séjour au titre de l'asile et prononcé à son encontre une mesure d'éloignement du territoire français à destination de son pays d'origine. Par une décision du 8 juillet 2016, le préfet du Nord a refusé de faire droit à la demande de Mme B tendant à un nouvel examen de sa situation administrative. Mme B a, le 12 décembre 2020, contracté mariage avec un compatriote titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 21 janvier 2025. Elle a alors sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de " conjoint de résident ". Par un arrêté du 12 mai 2022, le préfet du Nord a refusé de faire droit à la demande de Mme B et prononcé à son encontre une nouvelle mesure d'éloignement du territoire français à destination de son pays d'origine. Par un jugement du 8 décembre 2022, le tribunal administratif de Lille, au motif de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale, a annulé cet arrêté et enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". En exécution de ce jugement, le préfet du Nord a, le 4 janvier 2023, délivré à Mme B une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 4 janvier 2023 au 3 janvier 2024. Le 4 décembre 2023, Mme B a été recrutée, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, par l'établissement des " Petites sœurs des pauvres " de la Madeleine, où elle travaillait ponctuellement depuis le 3 juin 2023, pour y exercer à temps plein les fonctions d'agent de service hôtelier. Toutefois, par un arrêt du 22 juin 2023, la cour administrative d'appel de Douai a annulé le jugement du tribunal administratif de Lille du 8 décembre 2022 aux motifs qu'elle s'était maintenue irrégulièrement sur le territoire français après le rejet de sa demande d'asile, n'avait pas déféré à une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 26 mars 2015, qu'elle était éligible, en sa qualité de conjoint d'un étranger en situation régulière, à la procédure de regroupement familial, qu'elle ne justifiait pas d'une quelconque intégration professionnelle et sociale dans la société française et qu'elle n'était pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Les 5 octobre 2023 et 1er juin 2024, Mme B a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par une lettre du 8 juillet 2024, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande, aux motifs, d'une part, que la cour administrative d'appel de Douai avait, par un arrêt du 22 juin 2023, validé son arrêté du 12 mai 2022 portant refus de délivrance d'un titre de séjour et éloignement du territoire français à destination de son pays d'origine, d'autre part, que le dossier accompagnant sa demande ne comportait aucun élément nouveau. Mme B demande au juge des référés de prononcer la suspension de l'exécution de cet acte du 8 juillet 2024.
2. Lorsque l'autorité administrative, en exécution d'un jugement d'annulation, prend une nouvelle décision qui n'est motivée que par le souci de se conformer à ce jugement d'annulation, la décision du juge d'appel statuant au fond a pour effet, si elle annule le jugement d'annulation, de rétablir la décision initiale dans l'ordonnancement juridique et entraîne, ce faisant, la sortie de vigueur de la décision qui n'avait été prise que pour l'exécution du jugement annulé.
3. D'une part, il résulte de l'instruction que, pour assurer l'exécution du jugement du tribunal administratif de Lille du 8 décembre 2022 prononçant l'annulation de l'arrêté du 12 mai 2022 par lequel il avait refusé de faire droit à la demande de Mme B tendant à la délivrance d'un titre de séjour et prononcé à son encontre une mesure d'éloignement du territoire français à destination de son pays d'origine, le préfet du Nord, en exécution de l'injonction du tribunal, a délivré à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Toutefois, la cour administrative d'appel de Douai, par un arrêt du 22 juin 2023, a annulé ce jugement. L'annulation ainsi prononcée a eu pour effet de rétablir dans l'ordonnancement juridique l'arrêté du préfet du Nord du 12 mai 2022, notamment en tant qu'il portait refus de délivrance de titre de séjour et, ce faisant, a entraîné, sans qu'il fût nécessaire au préfet du Nord de prendre une décision expresse en ce sens, la sortie de vigueur de la décision du 4 janvier 2023 par laquelle il avait délivré à Mme B un titre de séjour, laquelle n'avait été prise que pour l'exécution du jugement annulé.
4. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme B a, le 5 octobre 2023, sollicité le renouvellement du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " qui lui avait été délivré en exécution du jugement du tribunal administratif de Lille. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, ce titre de séjour avait été rétroactivement sorti de vigueur à la suite de l'intervention de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Douai du 22 juin 2023.
5. Enfin, si Mme B soutient que sa demande du 5 octobre 2023 comportait des de circonstances de fait nouvelles, elle ne verse au dossier aucun élément susceptible d'établir qu'elle aurait porté à la connaissance de l'administration ces éléments nouveaux ni même que le dossier accompagnant sa demande fût complet.
6. Il résulte de ce qui précède que la demande de Mme B présentée le 5 octobre 2023 doit être regardée comme une première demande de délivrance de titre de séjour que le préfet du Nord a, par sa lettre du 8 juillet 2024, refusé d'enregistrer.
7. Dès lors, faute d'enregistrement de la demande de Mme B, aucune décision n'a pu naître du silence du préfet concernant la délivrance de son titre de séjour.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête. Il y a lieu également, par voie de conséquence, de rejeter celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à Me Fourdan et au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 24 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé,
O. HUGUEN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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