lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2410207 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2024, Mme A B et M. D C, représentés par Me Lacherie, demande au juge des référés :
1°) de leur accorder à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 28 août 2024 de la sous-préfète de Lens d'octroi du concours de la force publique, ou à défaut de suspendre cette décision jusqu'au prononcé de la décision du juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Béthune sur leur demande de délai pour quitter les lieux ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
En ce qui concerne l'urgence :
- ils n'ont pas connaissance de la date de l'expulsion ;
- ils n'ont pas de solution de relogement ;
En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
- la décision en litige porte une atteinte grave et manifestement illégale à la dignité humaine dès lors qu'ils n'ont pas de solution de relogement et ont trois enfants à charge dont le dernier âgé de 20 mois a des problèmes de santé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Perrin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par jugement du 30 janvier 2024, le tribunal de proximité de Lens a ordonné l'expulsion de leur logement de Mme B épouse C et de M. C du logement qu'ils occupent à Liévin. Par une décision du 28 août 2024, la sous-préfète de Lens a accordé le concours de la force publique pour cette expulsion. Les requérants demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. D'une part, lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code précité mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L.521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
4. Si les requérants font valoir qu'ils sont parents de trois enfants et que le dernier âgé de 20 mois a été hospitalisé à trois reprises, la dernière fois du 12 au 14 août 2024 pour une crise d'asthme, ces circonstances ne suffisent pas à caractériser une particulière vulnérabilité de nature à établir une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un délai de quarante-huit heures.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. Les modalités d'évaluation de la réparation due au propriétaire en cas de refus du concours de la force publique afin d'exécuter une mesure d'expulsion sont précisées par décret en Conseil d'Etat.".
6. Il résulte de ces dispositions que le représentant de l'État, saisi d'une demande en ce sens, doit prêter le concours de la force publique en vue de l'exécution des décisions de justice ayant force exécutoire. Seules des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public, ou des circonstances postérieures à une décision de justice ordonnant l'expulsion d'occupants d'un local, faisant apparaître que l'exécution de cette décision serait de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique.
7. Les requérants ne font valoir aucune circonstance postérieure à la décision de justice du 30 janvier 2024 faisant apparaître que l'exécution de cette décision porte atteinte à la dignité humaine. La demande des requérants apparait donc également manifestement infondée, en l'état de l'instruction.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'admettre les requérants au bénéfice de l'aide juridictionnelle, que la requête de Mme B et de M. C, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B et de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à M. D C.
Une copie sera adressée pour information au préfet du Pas-de-Calais.
Fait à Lille, le 7 octobre 2024.
Le juge des référés,
signé
D. PERRIN
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2410207
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