jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2410223 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 octobre 2024, et un mémoire enregistré le
18 octobre 2024, M. B A, représentée par Me Charlotte Bultel, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision réputée intervenue le 8 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé implicitement de faire droit à sa demande tendant au renouvellement de sa carte de résident et au changement de son statut en qualité de " travailleur temporaire " ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à la délivrance de son titre de séjour, ou à tout le moins, de procéder à un nouvel examen de sa demande de carte de résident et de prononcer, à l'issue de cet examen, une décision expresse dans le délai de 5 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jours de retard,
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors, d'une part, qu'elle est présumée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, d'autre part, que la décision attaquée a entraîné la dénonciation de son contrat d'assistant de recherche clinique au sein du centre hospitalier universitaire de Lille et la perte de ses revenus du travail, enfin, qu'il n'est pas en mesure de justifier de la régularité de son séjour en France ;
- la décision attaquée est dépourvue de motivation ;
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la décision attaquée a été pris en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 octobre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition de l'urgence n'est pas présumée, dès lors, d'une part, que la demande de changement de statut vers une demande de certificat de résidence algérien portant la mention " travailleur temporaire " doit être considérée comme une première demande de titre de séjour, d'autre part, qu'il a délivré à M. A une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 6 janvier 2025.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2410241 enregistrée le 7 octobre 2024 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 octobre 2024 à 9h30 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :
- le rapport de M. Huguen ;
- les observations de Me Bultel représentant M. A, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Me Bultel a soutenu également que le préfet du Nord n'établissait pas avoir notifié à son client le récépissé de sa demande de titre de séjour.
Le préfet du Nord n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin de suspension :
1. M. B A, ressortissant algérien, né le 16 février 1995 à Aokas (République algérienne démocratique et populaire), est entré en France le 8 septembre 2017 sous couvert d'un passeport algérien revêtu d'un visa étudiant. Il a été mis en possession d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " dont la durée de validité a été portée jusqu'au 22 février 2023. Le 22 février 2023, M. A a présenté à la préfecture du Rhône une demande tendant au renouvellement de son certificat de résident. Il a alors été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction dont la validité a été portée jusqu'au 11 janvier 2024. Le 22 février 2023, l'agence numérique pour les étrangers en France (ANEF) a clôturé l'instruction de la demande de M. A au motif qu'il n'avait pas produit une attestation d'inscription dans un établissement d'enseignement supérieur au titre de l'année universitaire 2023-2024. Le 19 mai 2023, le centre hospitalier universitaire de Lille a recruté M. A, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée du 5 juin 2023 au 5 juin 2024, en qualité d'attaché de recherche clinique investigation. Le 14 novembre 2023, M. A a présenté une demande tendant à la délivrance, dans le cadre d'un changement de statut, d'une carte de résident en qualité de " travailleur temporaire ". Il a alors été mis en possession du récépissé prévu par l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la validité a été porté jusqu'au 22 août 2024. Le 25 juin 2024, M. A a sollicité la prolongation de la durée de validité de son récépissé. Par une décision réputée intervenue le 8 juin 2024, le préfet du Nord, selon M. A, a refusé implicitement de faire droit à sa demande tendant à la délivrance d'un certificat de résident. M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision implicite de rejet. Postérieurement à l'introduction de la requête, le préfet du Nord a délivré à M. A un nouveau récépissé de demande de titre de séjour dont la validité expire le 6 janvier 2025.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.
4. Il résulte de l'instruction que le préfet du Nord a, postérieurement à l'introduction de la requête de M. A, pris la décision de lui délivrer un nouveau récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 6 janvier 2025 qui a pour effet de lui donner un droit au séjour en France et le droit de travailler. Dès lors, la condition d'urgence justifiant l'intervention du juge des référés n'est plus remplie. Par suite, les conclusions aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte de la requête ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à Me Bultel et au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 31 octobre 2024.
Le juge des référés,
signé
O. HUGUEN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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03/08/2026