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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2410224

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2410224

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2410224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-4 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. D et Mme E visant à obtenir un nouveau délai de six mois pour quitter leur hébergement pour demandeurs d’asile. Les requérants invoquaient l’aggravation de l’état de santé de leur enfant, mais le juge a estimé que cet élément n’était pas nouveau et que la situation médicale était identique à celle examinée lors de l’ordonnance du 26 mars 2024. Il a également relevé l’absence de démarches des requérants pour trouver une solution alternative et l’urgence persistante à libérer le logement, compte tenu du nombre important de demandeurs d’asile en attente d’hébergement dans le Nord. La décision s’appuie sur les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2024 et des pièces enregistrées le 14 novembre 2024, M. B D et Mme A E, représentés par Me Gommeaux, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de modifier l'ordonnance n° 2401661 du 26 mars 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille en leur accordant un nouveau délai de six mois pour quitter l'hébergement qu'ils occupent dans le cadre du programme régional d'hébergement des demandeurs d'asile.

Ils soutiennent que l'état de santé de leur enfant s'est aggravé, nécessitant qu'un nouveau délai leur soit accordé pour quitter leur hébergement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet des conclusions de la requête.

Il fait valoir que les requérants occupent indûment un hébergement pour demandeurs d'asile et ne font pas valoir d'éléments nouveaux sur leur situation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-467 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 18 novembre 2024 à 10h45.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :

- le rapport de M. Perrin, juge des référés ;

- les observations de Me Cliquenois substituant Me Gommeaux, représentant M. D et de Mme E, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;

- et les observations de Mme C représentant le préfet du Nord.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance n° 2401661 du 26 mars 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a notamment enjoint à M. B D et Mme A E, de libérer, dans un délai de six mois à compter de la notification de cette ordonnance, le logement qu'ils occupent dans le cadre du programme régional d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, 416 rue de Lille à Roncq. Les requérants demandent au juge des référés d'enjoindre au préfet de leur accorder un nouveau délai de six mois pour quitter leur hébergement.

Sur l'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce et compte tenu de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B D et Mme A E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la modification de l'ordonnance du 26 mars 2024 :

4. Aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

5. Les requérants font valoir que l'état de santé de leur fils s'est dégradé et que par suite, ils ne peuvent pas quitter leur logement. Ils produisent un bulletin d'hospitalisation de leur fils entre le 8 et le 10 août 2024 pour troubles de comportement ainsi qu'un certificat médical qui atteste que la situation de santé de l'enfant est incompatible avec une mise à la rue. Toutefois, ces éléments ne démontrent pas une dégradation de l'état de santé qui s'opposerait à l'expulsion du logement pour demandeurs d'asile que les requérants ne contestent pas occuper indûment depuis le 24 novembre 2022, la situation de l'enfant alimenté par gastrotomie étant la même qu'à la date de l'ordonnance du 26 mars 2024. Par ailleurs, le courrier adressé par la directrice du lieu d'hébergement des requérants le 2 octobre 2024 leur rappelant la nécessité de quitter ce logement, ne constitue pas non plus un élément nouveau, le délai de six mois fixé par le juge des référés étant expiré. Enfin, le délai accordé pour quitter les lieux n'a été accordé qu'en raison des circonstances particulières liées à la situation des requérants pour trouver une solution alternative. Les requérants n'établissent pas avoir effectué des démarches en ce sens, alors qu'ils se maintiennent dans un logement pour demandeurs d'asile et que le préfet fait valoir que l'urgence à ce qu'ils libèrent cet hébergement demeure puisque 677 demandeurs d'asile demeurent en attente d'hébergement dans le Nord. L'annulation du refus de titre de séjour dont ils ont fait l'objet par des jugements du 12 novembre 2024 pour méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant est également sans incidence sur leur droit à l'hébergement en tant que demandeurs d'asile et ne constitue donc pas non plus un élément nouveau à ce titre.

6 Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D et de Mme E doit être rejetée.

ORDONNE :

Article 1er : M. D et Mme E sont admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête doit être rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et Mme A E, et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 4 décembre 2024.

Le juge des référés,

signé

D. PERRIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2410224

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