vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2410309 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, la société civile immobilière (SCI) Noucinq, représenté par Me Yann Leupe, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la décision réputée intervenue le 18 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé implicitement de faire droit à sa demande tendant à l'octroi du concours de la force publique pour l'exécution du jugement du tribunal judiciaire de Dunkerque du 11 septembre 2023 ordonnant l'expulsion du couple qui occupe le logement situé 9 avenue About à Dunkerque, dont la SCI est propriétaire ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui octroyer le concours de la force publique à telle fin dans le délai de deux jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de l'informer sans délai de la date et de l'heure de l'audience ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son profit de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que les occupants du logement considéré depuis trois ans n'ont versé aucun loyer, qu'ils vont bénéficier à partir du 1er novembre de la trêve hivernale des expulsions locatives, que le jugement du tribunal judiciaire de Dunkerque a été rendu il y a plus d'un an et que cette situation fait obstacle à l'entrée dans le logement de l'un des associés de la SCI ;
- la décision attaquée porte une atteinte grave au droit de propriété ;
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1. La société civile immobilière (SCI) Noucinq a donné à bail à un couple un appartement au rez-de-chaussée d'un immeuble situé 9 avenue About à Dunkerque. Par un jugement du 11 septembre 2023, le tribunal judiciaire de Dunkerque a ordonné l'expulsion des occupants du logement au motif qu'ils ne s'étaient pas acquitté de leurs loyers. Le 15 avril 2024, un commissaire de justice a requis le concours du préfet du Nord pour procéder à l'exécution du jugement du 11 septembre 2023. Par une décision réputée intervenue le 18 juin 2024, le préfet du Nord a refusé implicitement de faire droit à cette demande. La SCI Noucinq demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision et d'enjoindre au préfet du Nord de lui octroyer le concours de la force publique.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Enfin, à la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s'il est justifié d'une situation d'urgence et de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, une demande présentée au titre de la procédure particulière de l'article L. 521-2 du même code implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.
4. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
5. En se bornant à soutenir que la circonstance que le couple qui occupe le logement depuis trois ans ne s'est acquitté d'aucun loyer, qu'il va bénéficier à partir du 1er novembre de la trêve hivernale des expulsions locatives, que le jugement du tribunal judiciaire de Dunkerque a été rendu il y a plus d'un an et que cette situation fait obstacle à l'entrée dans le logement de l'un des associés de la SCI, la SCI Noucinq, qui disposait d'autres dispositions du code de justice administrative pour fonder valablement sa requête, ne justifie pas d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures. Dès lors, faute pour la demande de la SCI Noucinq de présenter un caractère d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il y a lieu, en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du même code, de rejeter les conclusions à fin de suspension de sa requête. Il y a lieu également, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SCI Noucinq est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI Noucinq et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à Me Leupe et au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 11 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé,
O. HUGUEN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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