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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2410318

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2410318

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2410318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en référé sur la demande de Mme C, ressortissante afghane, visait à modifier une précédente ordonnance du 13 août 2024 en l’assortissant d’une astreinte de 200 euros par jour de retard, en raison de l’inertie du préfet du Nord dans l’exécution de l’injonction de réexamen de sa situation. Le tribunal a constaté que le préfet avait partiellement exécuté l’ordonnance en délivrant une autorisation provisoire de séjour, mais que la délivrance du titre de séjour était bloquée par une erreur matérielle dans le certificat de mariage, relevant du juge judiciaire. En l’absence d’élément nouveau justifiant une modification des mesures ordonnées, la requête a été rejetée. La décision applique les articles L. 521-4 du code de justice administrative et la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, Mme E C, représentée par Me Chloé D, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de modifier, en application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, l'injonction fixée par l'article 3 de l'ordonnance n° 2407798 du 13 août 2024 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Lille a prescrit au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de ladite ordonnance, en fixant une astreinte de 200 euros par jour de retard à partir de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'inertie du préfet fait obstacle au dépôt d'une demande de logement social, au bénéfice de ses droits sociaux (revenu de solidarité active, couverture maladie universelle) alors qu'elle est enceinte.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas présenté d'observations écrites.

Vu :

- l'ordonnance n° 2407798 du 13 août 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 octobre 2024 à 9h30 en présence de M. Metallaghi, greffier d'audience :

- le rapport de M. Huguen ;

- les observations de Me D, représentant Mme C, qui a conclu aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Mme D a soutenu également que l'erreur matérielle dans le certificat de mariage de sa cliente ne fait pas obstacle à la délivrance de son titre de séjour ;

- les observations de Me A, pour le préfet du Nord, qui a conclu au rejet de la requête. Mme A a fait valoir que le préfet du Nord, d'une part, a, conformément à l'injonction du juge des référés, procédé à un nouvel examen de la situation de Mme C et lui a délivré une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 18 novembre 2024, d'autre part, été dans l'incapacité de lui délivrer le titre de séjour sollicité au motif d'une erreur commise par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), que seul le juge judiciaire pourrait corriger, dans la date de naissance mentionnée dans le certificat de mariage de Mme C (27 juillet 1993 au lieu de 25 juillet 1993).

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

2. Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre Mme E C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

3. Mme C, ressortissante afghane, née le 25 juillet 1993 à Kunar (Emirat islamique d'Afghanistan), est entrée en France le 9 février 2024 accompagnée de ses enfants B C, née le 13 octobre 2020 à Kaboul et Lima C, née le 22 mai 2019 à Kaboul, pour rejoindre, dans le cadre d'un regroupement familial son époux, M. F C, ressortissant afghan, bénéficiaire de la protection subsidiaire. Le 16 février 2024, Mme C a présenté une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour. Par une ordonnance du 13 août 2024, notifiée le même jour, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a, d'une part, suspendu l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord avait refusé à Mme C la délivrance d'un titre de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision, d'autre part, enjoint au même préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme C dans le délai d'un mois à compter de la notification de son ordonnance et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de 15 jours à compter de la notification de son ordonnance. Le 19 août 2024, le préfet du Nord, en exécution de cette ordonnance, a délivré à Mme C une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour valable jusqu'au 18 novembre 2024. Faute pour le préfet du Nord d'avoir exécuté entièrement l'ordonnance du 13 août 2024, Mme C demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, d'assortir l'injonction prescrite par l'article 3 de ladite ordonnance de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de ladite ordonnance, d'une astreinte de 200 euros par jour de retard à partir de la notification de la présente ordonnance.

4. Aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

5. Lorsqu'une personne demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, d'assurer par de nouvelles injonctions et une astreinte l'exécution de mesures ordonnées par le juge des référés et demeurées sans effet, il appartient à cette personne de soumettre au juge des référés tout élément de nature à établir l'absence d'exécution, totale ou partielle, des mesures précédemment ordonnées et à l'administration, si la demande lui est communiquée en défense et si elle entend contester le défaut d'exécution, de produire tout élément en sens contraire, avant que le juge des référés se prononce au vu de cette instruction.

6. Il résulte de l'instruction que, par un courrier électronique du 23 septembre 2024, les services de la préfecture du Nord ont informé l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) que, dans le cadre de l'instruction de la demande de titre de séjour de Mme C, ils avaient décelé une incohérence entre l'acte de naissance de l'intéressée, qui mentionnait comme date de naissance le 25 juillet 1993, et l'acte de mariage délivré par l'OFPRA qui mentionnait comme date de naissance le 27 juillet 1993, incohérence qui faisait obstacle à la délivrance du titre de séjour sollicité. Par un courrier électronique du 25 septembre 2024, les services de l'OFPRA ont informé la préfecture du Nord que, faute d'être à l'origine d'une quelconque erreur de transcription, il revenait à Mme C de saisir la juridiction judiciaire pour procéder à la rectification de sa date de naissance dans le certificat de mariage.

7. Toutefois, il résulte également de l'instruction que, antérieurement aux messages échangés entre la préfecture du Nord et l'OFPRA, le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris avait, par une décision du 24 mai 2024, refusé définitivement de faire droit à la demande de Mme C tendant à la rectification de l'erreur de transcription au motif que les informations mentionnées dans les actes considérés étaient conformes à celles communiquées lors de l'instruction de sa demande d'asile.

8. Cependant, il résulte de l'instruction que l'OFPRA, dans le certificat de mariage tenant lieu d'acte civil, a mentionné une date de naissance (27 juillet 1993) et une date de mariage (26 septembre 2018) différentes de celles (respectivement les 25 juillet 1993 et 2 octobre 2018) mentionnées dans le certificat de mariage édicté le 25 décembre 2018 par la cour suprême de la République islamique d'Afghanistan et dans l'acte de naissance édicté le 25 mai 2023 par la direction de la population et de l'enregistrement de l'état civil la République islamique d'Afghanistan.

9. Or, en l'espèce, la mention d'une date de naissance erronée doit être regardée comme une erreur purement matérielle dont l'OFPRA, en vertu des dispositions de l'article 1047 du code de procédure civile, est compétent pour procéder à sa rectification. Dès lors, et dans la mesure où le préfet du Nord justifie avoir accompli les diligences nécessaires pour l'exécution de l'injonction prescrite par l'ordonnance du juge des référés du 13 août 2024, les conclusions de la requête de Mme C tendant à la modification de l'injonction fixée par l'article 3 de cette ordonnance en l'assortissant d'une astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification de la présente ordonnance doivent être rejetées. Les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C, à Me Chloé D et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 31 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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