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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2410338

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2410338

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2410338
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lille, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 5 août 2024 par lequel le préfet du Nord avait suspendu le permis de conduire de M. A pour cinq mois suite à un contrôle d'alcoolémie positif (0,61 mg/l d'air expiré). Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant n'a pas démontré l'impossibilité d'utiliser des transports alternatifs (transports en commun, covoiturage) pour se rendre à son travail, situé à 14 km de son domicile. La décision est fondée sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui exige à la fois une urgence et un doute sérieux sur la légalité de l'acte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, M. B A, représenté par Me David Guyon, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 5 août 2024 par laquelle le préfet du Nord a prononcé la suspension de la validité de son permis de conduire pour une durée de cinq mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui restituer son permis de conduire dans le délai de 72 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai de 72 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors, d'une part, que le permis de conduire est nécessaire à l'exercice effectif de sa profession d'électricien et qu'il ne dispose d'aucun moyen de transport pour pallier l'absence de permis de conduire, d'autre part, que la décision attaquée a pour effet la perte de son emploi, son isolement social, l'impossibilité de rendre visite à ses proches et un préjudice financier de 2 281,50 euros par mois, enfin, qu'il n'a commis aucune infraction relative à la consommation d'alcool ou de produits stupéfiant ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité administrative incompétente pour ce faire ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- la décision attaquée a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article R. 224-1 du code de la route ;

- la décision attaquée a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route ;

- la décision attaquée a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 234-1 du code de la route ;

- la décision attaquée a été pris en méconnaissance des dispositions de l'arrêté du 8 juillet 2003 relatif au contrôle des éthylomètres ;

- la décision attaquée a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 234-5 du code de la route ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

.

Vu :

- les pièces du dossier ;

Vu

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huguen, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 15 juin 2003, qui réside au n° 4 de la rue Albert Calmette à Valenciennes, exerce la profession d'électricien au sein de la société Volt-info située 12 rue Edouard Vaillant à Hasnon. Le 4 août 2024, à 20h04, M. A, qui circulait à Hérin à bord d'un véhicule Wolkswagen Polo immatriculé BB-0002-JX, qui n'était pas assuré, a fait l'objet d'un contrôle de son taux d'alcoolémie qui a été évalué, par éthylomètre, à un taux à 0,61 milligramme par litre d'air expiré. Compte tenu de la gravité des infractions commises par M. A, constitutives de délits, les services de la police nationale ont prononcé une mesure de rétention de son permis de conduire et une mesure d'immobilisation de son véhicule. Par un arrêté du 5 août 2024, le préfet du Nord a prononcé la suspension de la validité du permis de conduire de M. A pour une durée de cinq mois à compter de la notification de son arrêté, soit jusqu'au 19 décembre 2024. M. A demande au juge des référés de prononcer la suspension de l'exécution de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A réside à Valenciennes, distante de 14 km de son lieu de travail. M. A n'établit pas qu'il ne serait pas en mesure de rejoindre quotidiennement son lieu de travail par un moyen de transport alternatif à l'usage de son véhicule personnel, alors que les villes de Valenciennes et d'Hasnon sont reliées par les transports en commun et que la pratique du covoiturage est courante. Certes, le directeur général de la société Volt-info, par une attestation du 24 septembre 2024, certifie que " la fonction occupée par [son employé] nécessite l'utilisation d'un véhicule dans le cadre de ses activités professionnelles et déplacements sur toute la France [et que] La suspension [de son] permis de conduire [l']empêcherait () de remplir ses obligations professionnelles ". Toutefois, le directeur général de la société Volt-info mentionne également dans son attestation, d'une part, la mise à disposition de M. A d'un chauffeur permanent, d'autre part, attendre sa condamnation définitive avant d'envisager son licenciement.

5. Par ailleurs, en se bornant à soutenir que la décision attaquée aurait pour effet de la priver de la possibilité de rendre visite à ses proches et de provoquer son isolement social, M. A n'établit pas la réalité de ses allégations.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la condition d'urgence posée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne saurait être regardée comme remplie.

7. Dès lors, faute pour la demande de M. A de présenter un caractère d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, il y a lieu, en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du même code, de rejeter les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de sa requête. Il y a lieu également, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à Me David Guyon et au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 24 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé,

O. HUGUEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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